Popeye, la nouvelle coqueluche des bédéistes

Popeye

Quand on y pense, aujourd’hui, Popeye, ce fameux marin qui ne va jamais en mer, c’est assez cucul. Il faut dire qu’en 1929, être osé, c’était très facile. Tu as lu un Popeye et tu les a tous lus: Brutus cruise Olive, elle hésite, Brutus l’enlève, elle crie «Au secours!», Popeye arrive, mange une volée, Popeye avale une canne d’épinards (parce qu’il en traine toujours partout, on le sait tous), il devient fort et fait passer Brutus pour un poltron.

En plus, il n’a rien pour lui, quand on y pense. Il est hyper jaloux, colérique, antisocial, il n’est pas beau, il parle vraiment trop du nez. Pis il fume!!! Inacceptable en 2011! Je sens que Joël Legendre va bientôt le pointer du doigt.

Probablement pour toutes ces raisons, ce personnage a été au centre des 24h de la bande dessinée d’Angoulême. Les bédéistes, professionnels, amateurs et en devenir, devaient pondre 12 (s’ils étaient flemmards) ou 24 (des dieux vivants) strips en 24h avec le défi de se servir de l’univers du marin amateur d’épinards.

Le festival nous fait le cadeau de pouvoir visionner le travail de mongol de tous ces créateurs. Je dois dire que j’ai aussi particulièrement aimé le travail de Boulet qui propose une adaptation cinématographique. On y trouve même notre adorable Zviane (qui transporte le héros dans une histoire de cannibalisme), qui m’a encore une fois charmé.

Popeye par Zviane
(Cliquez pour voir un peu plus grand)

Oh, avant de recevoir une pierre, il y a peut-être d’autres québécois, la délégation était pas pire cette année au festival, mais je n’ai pas encore tout lu et dans mon survol rapide, Zviane est la seule qui m’a sauté aux yeux. Désolé pour les autres camarades.

Je vous invite donc à aller vous promener dans ce coin-ci… et bonne lecture!

ps: je recommence mes chroniques bd cette semaine, youppi!

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Hommage à ceux qui font bande à part

Bande à part

Lorsque j’ai vu passé pour la première fois l’allusion aux dix ans de BÀP, j’ai eu un doute, une perplexité. «Dix ans seulement?!» Cette section radio-canadienne fait tellement partie de mes moeurs depuis 2001 qu’on dirait que ça a toujours existé.

Je ne pourrais pas pointer un moment précis ou une création en particulier, mon utilisation du produit bandeàpartien a changé au cours des ans. Toutefois, je me souviens clairement lorsque c’est né.

Changer la face du monde
Quand BÀP est débarqué, le mot qui m’est venu en tête est «enfin». Enfin, la société d’État s’intéressait à cette culture. Enfin, les artistes pauvres et en marge allaient pouvoir bénéficier d’un média qui a les moyens de les traiter convenablement.

J’écoute les radios étudiantes et communautaires depuis mon adolescence et j’y ai oeuvré plusieurs années, mais le propre de ces stations est le manque de sous. Combien de fois ai-je vu passé un projet incroyable qui n’a pas rayonné, voire n’est même pas né, vu le manque de moyens?

Radio-Canada n’est jamais associée à la pauvreté. Je me suis donc mis à fantasmer à une révolution médiatique. Que petit à petit, Bande à part prendrait encore plus de place et influencerait les gros joueurs. Je me disais qu’un jour, même les radios commerciales auraient leur équivalent de BÀP. On est naïf à 19 ans, t’sais.

Presque jaloux
Je voulais aussi y participer. Oui, je l’avoue, j’ai longtemps rêvé de travailler à Bande à part, et si maintenant ce rêve dort profondément puisque j’ai pu vivre ce trip avec d’autres médias, je dirais oui demain matin à une proposition de leur part.

J’ai même déjà songé à un concept qui était fait sur mesure pour cette gang de fou là. Sauf que j’ai manqué de couilles, pis je leur en ai jamais parlé.

Sous-utilisée
Si à mon avis l’équipe mériterait une plus grande place sur les ondes hertziennes d’Espace Musique (sincèrement, je trouve que c’est un gaspillage de ne pas le faire et une grave erreur de la haute direction de ne pas avoir poussé davantage ce concept, le nom n’oblige pas de rester dans l’ombre, hein), si je trouve que la majorité des médias sont justement 10 ans en retard (honte à vous, gang de cons) j’applaudis tous les projets et les idées qu’elle a développés sur Internet. L’équipe est en constante évolution et, à ça, je dis respect.

Merci de m’avoir diverti, merci de m’avoir fait découvrir des groupes, merci de m’avoir montré des clips qu’on n’aurait pas pu voir ailleurs, mais, surtout, merci de soutenir, d’encourager et d’aimer nos artistes, parfois un peu croches, parfois un peu fous, mais souvent talentueux. Et si vous n’avez finalement pas (encore) changé la face médiatique, votre influence s’est fait sentir sur les autres médias en marge.

En fait, on est fait pour s’aimer: votre motivation est exactement la même qui m’a poussé à bâtir mon premier site Internet il y a 12 ans et à commencer à parler à la radio et à écrire dans un journal, il y a 9 ans.

Bref, vive bandeapart.fm qui permet aux obsédés musicaux de s’assumer.

«Si vous payez un compte d’électricité, vous devez voir ce film»

La Romaine - Chantier octobre 2010

Depuis le 13 mai 2009, Hydro-Québec harnache une des dernières grandes rivières encore naturelles du Québec, la Romaine. Depuis bientôt deux ans, cette rivière devient de moins en moins une rivière, alors que d’ici 2020, quatre barrages transformeront complètement, et pour toujours, le paysage et la nature de ce cours d’eau nord-côtier. Une équipe de quatre personnes ont décidé de la parcourir en canot quelques mois avant le début des travaux, afin de témoigner de ce que la société d’État a décidé de détruire.

Le documentaire Chercher le courant, de Nicolas Boisclair et d’Alexis de Gheldere, a été présenté une première fois lors des Rencontres internationales du documentaire de Montréal, en novembre dernier. Il y a remporté le Prix du public ainsi qu’une mention spéciale ÉcoCaméra. Jeudi dernier, le film a été présenté en avant-première à Sept-Îles, dans le cadre du Festival du film de la ville, Ciné 7.

Je ne cache pas mes opinions, la centrale hydroélectrique, selon moi, n’aurait pas du être mise de l’avant. C’est une erreur d’Hydro-Québec, du gouvernement et finalement de société. Je ne veux pas débattre ici du développement hydroélectrique, mais probablement que mes idées influencent mon appréciation du film.

Bref, l’équipe est montée jusqu’au Labrador, en passant par la route 389, pour se rendre jusqu’à Churchill Falls, autre lieu hydroélectrique majeur de l’Est du Canada, ainsi que source de conflit interminable entre Terre-Neuve et Québec, afin de commencer leur périple à la source de la Romaine.

Quarante-huit jours de canotage et de portage afin de parcourir les 500 kilomètres que parcourt la rivière avant de se jeter dans le golfe Saint-Laurent, dans l’Archipel Mingan.

Les images sont saisissantes. Je mets au défi n’importe qui de rester froid devant de tels paysages, devant une nature aussi pure et aussi forte. À la fin, les participants sont mélangés par la colère et la tristesse de voir la Grande chute, à la fin du parcours, car ils savent qu’ils sont parmi les dernières personnes à pouvoir l’admirer. Ce qu’ils regardent n’existera bientôt plus.

Au travers du périple, les réalisateurs, avec Roy Dupuis, qui narre l’expédition, ils enquêtent sur les propres données d’Hydro-Québec et avec différents producteurs ou organismes qui se consacrent aux autres énergies vertes, comme la biomasse, l’éolien, le solaire, l’efficacité énergétique ou la géothermie.

Le documentaire est poignant, mais surtout révélateur. Ce qui frappe surtout, ce n’est pas ce que disent les autres, ce sont les propres chiffres de la société d’État qui démontrent clairement que l’hydroélectricité n’est plus la meilleure façon de créer de l’énergie au Québec.

Leur but n’est pas d’arrêter le chantier de La Romaine, mais de lancer le débat. Durant le film, Roy Dupuis le dit: ce n’est pas un combat, mais une démarche, afin que de faire de meilleurs choix, d’agir plus intelligemment.

Le film sera projeté à différents endroits avant de prendre l’affiche au courant du printemps. Le site chercherlecourant.org est la meilleure place pour se tenir au courant.

Ils font quoi, les dieux, à la retraite? (chronique BD)

Zeus

Pourquoi sont-ils, les dieux grecs et romains, comme le grand patron de l’Olympe ici, toujours représentés avec d’énormes muscles coupés au scalpel, comme s’ils voulaient remporter un concours de musculature?! Déjà, c’est des dieux. Muscles ou pas, ils te bottent le cul en claquant des doigts. Quand les voit-on forcer? Jamais. A-t-on déjà vu un gym dans sur leurs nuages? Jamais. Les voit-on s’entrainer? Jamais. Ils ne font que mater les humains, boire du vin et baiser entre eux… ou avec des humaines. Je suis sûr qu’ils ne le sont pas, musclé de même.

M’enfin, comme le dit régulièrement Gaston, aujourd’hui, à la chronique bédé, on rit beaucoup, mais principalement d’Isaac Newton et de la mafia sicilienne (ai-je de faire une pléonasme?). On se questionne également sur ce que deviennent les dieux, une fois que les humains les jettent à la poubelle pour un nouveau dieu.

Rubrique-à-brac

Rubrique-à-brac, tome 1 et 2
Gotlib
Dargaud

Je l’ai déjà dit dans une autre chronique, mais Gotlib fait partie de mes grandes influences. Autant pour le dessin que pour l’humour. Si j’omets la série Gai-Luron, je pense avoir tout lu de ce Français à mon adolescence. Je n’ai jamais demandé d’autographe dans ma vie, mais à lui, je pense que je le ferais. Les Dingodossiers, qu’il a fait avec Goscinny, sont des classiques. Et il a participé à la fondation du magazine Fluide glacial – si quelqu’un veut m’y abonner, d’ailleurs, ça serait un magnifique cadeau… je dis ça de même, hein, j’ai plus de difficultés à les trouver sur la Côte-Nord…

Ceci dit, sauf pour ce qu’il produira pour le magazine «d’Umour et de Bandessinées», je n’avais pas relu ses BD depuis mes 15 ans. J’ai donc eu le goût d’y replonger le temps de deux Rubrique-à-brac, des chroniques absurdes – mais pas encore irrévérencieuses puisque c’est l’époque Pilote, sur différents sujets, qui vont du monde zoologique aux contes pour enfants en passant par l’invention du trombone, l’art d’insérer un deuxième degré dans une blague ou l’affrontement entre Moogli et Tarzan.

Gotlib glisse régulièrement sa tête de turc préféré, Isaac Newton, en ridiculisant la célèbre scène de la pomme reçue sur la tête. L’anecdote devient alors une branche, une personne, un pélican… ou n’importe quoi qui puisse tomber (donc tout).

Son dessin n’est pas encore à son zénith, mais il a déjà un sacré maniement du crayon. Rarement voit-on un dessin aussi précis et détaillé pour de la bande dessinée humoristique. Même si depuis, le tout a quand même été fait en 1968, les perspectives et les cadrages ont exploré des avenues plus innovatrices, il s’amuse régulièrement avec les codes de la bédé (et de l’art en général).

Pas encore convaincu? Sur wikipédia, on peut lire que cette série est une «petite révolution dans le monde de la BD comique». Et quand Wiki le dit, c’est que c’est fichtrement vrai.

Cosa Nostra - Mano Nera

Cosa Nostra – La Mano Nera
Clarke
Le Lombard

On demeure dans l’humour. Très léger ici. Des petites scénettes de trois ou quatre pages qui rigole avec le monde de la mafia. On est en Sicile, un endroit où les policiers donnent des pizzos (paiement pour la protection de la familia). Il n’y a rien de révolutionnaire ici, rien d’incroyable, on nage dans un humour convenu, un dessin efficace, une présentation des plus classiques, bref, une bande dessinée comme il s’en fait plein. Mais c’est très sympathique et Clarke a bien réussi à me décrocher quelques rires.

J’aurai sûrement oublié son existence dans un mois, et ce n’est pas dit méchamment, mais le moment que j’aurai passé à le lire aura été des plus agréable.

La voix du tonnerre

La voix du tonnerre
Martin Villeneuve, Daniel Svatek
Les 400 Coups

Très belle bande dessinée québécoise de Martin Villeneuve qui n’a pas lâché le morceau. Imaginé en 1994, son ami et dessinateur Alexandre accepte de l’accompagner dans l’aventure. Après avoir fait plusieurs croquis et les cinq premières planches, celui-ci décède en 1999 d’un cancer. Je le mentionne parce que l’auteur et l’éditeur ont eu l’excellente idée de se servir des cinq planches, qui composent le premier chapitre de la bédé. C’est sincèrement émouvant. Tout le reste est ensuite créé à partir des crayons de Daniel Svatek.

Son style n’est pas du tout similaire à celui du dessinateur original, mais puisque l’on change de chapitre, le tout demeure excessivement fluide. Son crayonné m’a d’ailleurs rappelé le travail de Sfar, ce qui est sacré compliment. Les dessins viennent amplifier avec merveille l’aura mystérieuse et fantastique de ce conte.

À ma question qui coiffe cet article, l’auteur s’est dit que les dieux grecs n’ont pas disparu ou pris leur retraite, ils ont évolué, adoptant même la bureaucratie «moderne» du 19e siècle. Afin de survivre, ceux-ci ont inventé la science, un subterfuge qui permet à l’humain de penser qu’il découvre la vérité alors que tous les phénomènes sont encore le fruit d’une volonté divine.

Sauf qu’un scientifique est sur le point de prouver que le tonnerre n’est ni plus ni moins que la voix de Zeus. Le directeur général adjoint, Apollon, convoque le conseil d’administration: il ne faut pas que cela se produise.

Histoire philosophique sur la foi et la science, sur la vérité et les perspectives, sur le sens de la vie. Après avoir tourné la dernière page, j’avais ce petit planage que donne le charme.

* publié simultanément sur labarbe.ca.

CHYZ: cette radio qui sait démarrer une nouvelle saison avec panache

CHYZ - Ne mettez pas n'importe quoi dans vos oreilles

J’ai beau vivre sur la Côte-Nord depuis deux ans, je continue à suivre ce qui se fait dans ma ville natale et particulièrement chez mes anciens collègues (il en reste peu, mais il en reste encore quelques-uns dans l’équipe). La station de l’Avant-garde, CHYZ 94,3 FM, présente tout un spectacle pour le Show de la rentrée (Université Laval) hiver 2011, le 20 janvier prochain. Si ce n’était pas un jeudi, j’aurais parcouru les 650 kilomètres qui séparent Sept-Îles et Québec.

Depuis quelques années, les Show de la rentrée (présentés à l’automne et à l’hiver) valent vraiment le détour à l’Université Laval. CHYZ participe activement à la programmation des groupes et présente des brochettes à l’affût, variées et avec beaucoup de chair.

Constatez par vous-mêmes: le 20 janvier prochain, au Grand Salon du Pavillon Pollack, le public aura la chance de faire vibrer leurs systèmes auditifs par Suuns, Millimetrik, Alaclair Ensemble et Random Recipe. Le tout pour un prix dérisoire: gratuit pour les étudiants, un maigre cinq piasses pour les autres.

Que dire? C’est selon la religion, certains s’exclameront d’un «Amen!» et d’autres, comme moi, d’un «Oh que oui!».

Une pluie d’informations vous attendent sur le site de la radio. Il y aussi cette accroche (j’aimerais vraiment trouver un terme français pour teaser):

Sean Nicholas Savage squatte les chemins de fer

Il y a quelques jours (le 4 janvier, pour être précis), @arbutusrecords a tweeté sur un vidéo qu’ils disent tout chaud (il en a pas l’air, mais bon) de Sean Nicholas Savage. Étant donné que j’aime cet artiste (j’ai mis son album Movin Up Society dans mes bons coups de l’année), je suis allé voir ça.

Le petit clip est super sympathique. L’artiste est seul, sous un gros soleil d’été, armé d’une guitare, et chante dans la formule la plus simple, la plus sincère et souvent la plus charmante.

Depuis quelques années, ce type de clip revient de plus en plus souvent. On a pas mal tous entendu parlé des Concerts à emporter, OFF sur le toit de Québec a bien fait parlé de lui l’été passé, on a vu Mange ta ville le faire et même l’émission de notre grand frère, Voir, le fait aussi depuis son arrivée sur Télé-Québec.

Je ne sais pas de combien de temps je suis en retard, mais ce vidéo de Sean Nicholas Savage m’a permis de découvrir le site Southern Souls (qui a produit quelques fois pour La Blogothèque, justement). On y retrouve une tonne de petits films du genre. La réalisation est la plupart du temps impeccable, les prestations ont tout pour plaire, les lieux sont parfois très inédits, les résultats toujours uniques. On retrouve par exemple Leif Vollebekk dans Habitat 67, Owen Pallett live dans une taverne, Winter Gloves à La Ronde, Grand Analog dans un bar fermé, etc., etc.

Je vous en propose trois qui m’ont particulièrement charmé.

Krista Muir

Land Of Talk

The Gertrudes

Mais qui se cache derrière cette contrebande? (chronique BD)

Singe gangster

Si j’étais millionnaire, il y a trois choses que j’achèterais compulsivement: des chapeaux (que je porte depuis mes 16 ans), des albums de musique (tout format)… et des bandes dessinées. Il n’y a aucun doute là-dessus. J’aurais un char usagé, mais une asti de bédéothèque. Mais voilà, je suis encore loin d’être millionnaire – même le salaire moyen québécois (environ 44 000$) n’est pas encore à ma portée, ce qu’il fait que je puise la majorité de mes lectures des bibliothèques. Et j’ai peur. Je commence déjà à entrevoir le tour du propriétaire.

Cette semaine dans la chronique BD, survol de deux coquins voleurs bien québécois, d’un prince reniant ses racines royales et de deux Romains pas si divertissants que ça.

Lionel et Nooga

Lionel et Nooga – Bandes et contrebande
Duguay, Goulet, Vaillancourt
Les 400 Coups

Je suis content d’avoir lu cette bande dessinée. C’est que le dessinateur, Ghyslain Duguay, est un gars de Sept-Îles, et dans le cadre de mon travail, j’ai eu à m’intéresser à son travail un peu, alors qu’il lançait un site Internet pour leur ouvrage. Restons avec le dessin. Les traits m’ont replongé dans mon enfance, quand je dévorais les Spirou, les Natacha et les Jerome K. Bloche. Le crayon est typiquement européen et me rappelait sans cesse les illustrateurs de ces héros (surtout Janry dans Spirou). Des clins d’oeil à cette école sont d’ailleurs présents, comme à Tintin ou Lucky Luke. Cadrage dynamique, un dessin bien vivant. Et parfait pour le ton du livre, qui est somme tout léger et surtout divertissant.

Pour l’apprécier, il ne faut justement pas le prendre autrement que pour le divertissement. Probablement que la belle jeunesse y trouve davantage son compte. La BD ne m’a pas déplu en soi, il y plusieurs références historiques bien amusantes dans cette aventure de Lionel et Nooga, deux petits malfaiteurs québécois pas bien méchants qui tombent malgré eux en plein milieu d’une histoire de révolutionnaires sud-américains, au beau milieu des années 50. Toutefois, j’aurais resserré un peu le scénario, je trouve qu’il y a des intrigues superflues, des scènes qui n’apportent rien, une attention disproportionnée à certaines personnes bien secondaires.

Mais je salue l’effort qui a donné une bien belle bande dessinée. Si j’étais tombé dessus à 13 ans, j’aurais sûrement trippé.

Les Aigles de Rome 2

Les Aigles de Rome – tome 2
Marini
Dargaud

Pourquoi ai-je lu cette suite? Je n’avais pas tant aimé le premier tome, comme je le disais ici. Il faut dire que je suis toujours aussi charmé par la qualité graphique de l’ouvrage. La précision du trait, la qualité de l’encrage et du coloriage, la subtilité de la lumière, la recherche historique, il y a vraiment un travail soigné pour le visuel de la bande dessinée. Je ne peux malheureusement en dire autant pour le scénario, encore une fois.

Après cette longue présentation et mise en contexte, dans le premier tome, des deux personnages principaux, deux soldats romains, l’un d’un père Romain et d’une mère Gauloise, l’autre purement Goth, mais élevé chez les Romains, je m’attendais à ce que l’histoire déboule dans cette suite. Surtout que la fin du premier tome annonçait un récit épique et d’effroyables déchirements entre ces deux frères de sang comme Hollywood nous le pond souvent. Mais non, il n’y a même aucune allusion à cette révélation-choc (mais prévisible) du premier tome. C’est plutôt une longue et peu motivante histoire d’un soldat prêt à renier son devoir et son pays pour une femme qu’il aime tant. Sauf que Rome est un vieil empire et les rouages du pouvoir sont remplis de relations incestueuses et de trahisons. Le pire, c’est que cette trame de fond peut vraiment donner du jus à une histoire, mais là, c’est juste du déjà-vu. Zzz.

Là, c’est sûr, je ne lis plus aucune suite de cette série. Ma deuxième chance a été donnée.

Le chat qui courait sur les toits

Le chat qui courait sur les toits
Hausman, Rodrigue
Signé (Le Lombard)

Je l’ai déjà dit, la collection Signé en est une de qualité. Les auteurs y ont carte blanche et s’y donnent à coeur joie. Ici, on tombe presque dans une fable de Jean de La Fontaine. Pas que toute l’histoire ne cache qu’une simple morale, mais il y a ce quelque chose de vertueux, de magique et d’unique qui fait que ce récit du prince héritier s’approche énormément de la fable.

Le petit prince a une capacité particulière: il regarde un et hop! son visage se transforme en tête de chat. Il regarde un renard et hop! son visage se transforme en tête de renard. Et ainsi de suite. Il ne contrôle pas ses transformations et la famille royale ne s’en remet évidemment pas. Le prince finit par se sauver et aboutit dans une troupe de théâtre pour qui ces visages animaliers leur servent bien. Il y a bien sûr la grande finale qui le ramène dans son patelin originel et là, la Vertu avec un V brille de tous ses éclats.

Le tout est vraiment très bien raconté, avec beaucoup d’humanité et le tout demeure dans une relative plausibilité. On ne pousse jamais vraiment la psychologie des personnages, et pourtant on n’a pas l’impression de faire face à des personnalités unidimensionnelles (ce qui est pourtant le cas, lorsqu’on y pense). Le dessin aussi comporte son lot de subtilité. Le trait est légèrement nerveux, la coloration a visiblement été faite directement sur les planches, sans encrage. C’est en somme une petite douceur qui se consomme avec une certaine joie, tout aussi douce et calme.

*publié simultanément sur labarbe.ca.
** image de l’entête de Matt Cioffi