Qu’est-ce que le FEQ boude réellement?

Festival d'Été de Québec

On dirait bien que Le Soleil a décidé d’être le porte-voix des producteurs et des gérants frustrés de ne pas trouver écho au Festival d’Été de Québec. Après la tourmente de l’été dernier, le quotidien de Québec a décidé de remettre ça sur le tapis. Il y a les propos de Luc Plamondon mis en Une du journal le 19 novembre dernier, puis au même célèbre porteur de lunettes de soleil le 30 novembre. La journaliste Valérie Lesage revenait encore sur le sujet le 7 décembre puis une autre fois le 15 décembre.

Nicolas Lemieux trouve «hallucinant» que le FEQ n’ait pas voulu de son artiste. « »Marjo se compare à qui dans le marché québécois? Qui d’autre a vendu un million de disques en carrière et a fait le Centre Bell? » rage le président de Sphère, convaincu que Marjo et ses hommes est un événement qui se prêtait à merveille à une grande fête intergénérationnelle au FEQ.»

Faire le Centre Bell, ça, il y en a plein qui l’ont fait et qui le font encore. Notons aussi que le Centre Bell, c’est environ le quart des Plaines d’Abraham, l’un n’égale pas l’autre. Puis en tant que journaliste culturel, honnêtement, Marjo aurait l’air vide sur les Plaines, sa place serait au Pigeonnier. Le site déborderait probablement, mais il n’y aurait jamais 100 000 personnes pour elle sur la plus grosse scène.

«On comprend que tous les shows francophones ne peuvent pas habiller les Plaines; on n’est pas caves! Mais personne ne peut dire que Marjo, ça ne marcherait pas!» a ajouté, plus loin dans l’article, M. Lemieux. Moi je le dis, Nicolas.

Il faut comprendre que depuis quelques années, le FEQ est passé à un autre niveau. Tu ne peux pas créer des évènements de l’envergure de Rush, Rammstein, Black Eyed Peas puis penser créer un effet similaire avec un artiste québécois, en ce moment. Je ne sais pas si Marjo a réellement vendu plus d’un million d’albums, mais si c’est le cas, c’est en quelques décennies. Les artistes qui débarquent maintenant sur la grosse scène en vendent autant par album (voire par mois?). Il me semble évident que ce n’est pas du tout la même ligue.

Le 15 décembre, Valérie Lesage nous arrive avec l’avis d’Edouardo Da Costa, le gérant de Marie-Chantal Toupin. Les mêmes qui ont chialé il y a quelques semaines que les radios les «boudaient». Sans surprise, ils sont aussi «boudés» par le FEQ. Moi, à leur place, j’y verrais un signe. Il doit y avoir une corrélation quelque part là-dedans…

Festival d'Été de Québec - Renaud Philippe

Je suis un amoureux de la chanson francophone. J’ai animé six ans une émission de radio hebdomadaire sur la musique locale, majoritairement franco. J’ai conçu une série de douze émissions de type Musicographie sur les groupes marquants de la scène underground québécoise, tous francophones. La musique francophone occupe une très large place dans ma discothèque et je crois que je connais plus d’albums francophones par coeur qu’anglophones. Je le dis avant qu’on me traite de vendu.

Ayant parcouru le FEQ l’été dernier pour BangBang, je peux facilement noter ce que j’y ai vu de francophone: Damien Robitaille, Fred Fortin, Karkwa et Bernard Adamus. Pas vu pour diverses raisons, mais j’aurais aussi aimé voir: Yann Perreau, Monogrenade, une demi-douzaine d’artistes francophones à la soirée Hip hop, les Breastfeeders et Radio Radio. Et je ne parle que de ceux que je trouve intéressants, là.

Je pourrais aussi nommer des Anglos-Québécois (Think About Life, Arcade Fire), ou d’autres chantent dans cette langue (Dance Laury Dance, Elisapie Isaac) ou qui proposent une musique instrumentale (Le Golden, Kid Koala).

Je serai le premier à critiquer le Festival lorsqu’il ne fera plus de place aux artistes locaux, aux artistes francophones et à la musique indépendante. Il faut simplement comprendre que les Québécois seront maintenant bien rare sur les Plaines. On les trouve maintenant sur les autres scènes.

Je n’aime même pas les artistes qui passent sur les Plaines, je trouve qu’il y a beaucoup trop de has been sur la grosse scène, qu’ils soient anglophones ou francophones, et pourtant je félicite le virage qu’a pris le FEQ il y a quelques années.

La question, selon moi, n’est pas si le FEQ boude la musique francophone, mais si l’évènement, dans sa direction artistique, ne boude pas plutôt la pop sans originalité. Le festival veut clairement des trucs uniques, qui se démarquent. Il se fait de la maudite bonne musique franco au Québec, mais elle est dans l’ombre des grosses machines et, surtout, réussit à faire son chemin dans la programmation du FEQ malgré tout.

Selon vous, Luc, Nicolas, Edouardo… pourquoi?

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Burp se questionne aussi, comme moi, sur la neutralité de Valérie Lesage: «J’ai surtout repensé à Valérie Lesage en particulier, qui a publié depuis cet été des billets de blogue et des articles sur la faible présence francophone au FEQ. Sa question est légitime mais le manque de perspective et de gros bon sens dont elle fait preuve, jumelés à un acharnement qui frise l’obsession, la font tranquillement passer pour une fru qui essaie encore de retirer la gomme que le FEQ lui a tiré dans les cheveux dans la cour de récré il y a 25 ans.»

Ça ressemble un peu trop à une chasse aux sorcières et à du pleurnichage en public de producteurs frustrés. Il n’y aurait pas un manque d’équilibre, dans tout ça, collègues du Soleil?!

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5 réflexions sur “Qu’est-ce que le FEQ boude réellement?

  1. Ça me rappelle beaucoup les arguments qui ressurgissent systématiquement autour du festival de jazz, à savoir que l’événement ne fait plus QUE DU jazz.

    Exactement comme tu le fais remarquer Mikaël, le festival d’Alain Simard continue à programmer le meilleur jazz du monde. Or avec les années, il a diversifié sa programmation, et engage aussi des artistes évoluant dans des sphères parralèles, histoire de démocratiser et, soyons honnêtes, de rentabiliser le Festival.

    À moins que je me trompe, le festival d’été ne s’est jamais cantonné dans un genre, mais plutôt dans l’idée de rassembler leplus de gens possible. L’idée du macaron en est l’exemple le plus patent.

    Ce n’est qu’une suite logique de vouloir programmer des artistes qui rassemblent.

    C’est extrêmement rassurant de voir que le FEQ tient son bout, et ose dire à MC Toupin et Marjo qu’elles ne sont plus au faîte de leur carrière.

    C’est clair que leurs équipes n’apprécient pas. Mais après tout, on ne programme pas un festival pour faire plaisir aux artistes, mais au public.

  2. Le parallèle avec le Festival de Jazz de Montréal est à point, justement.

    Au-delà de la notion jazz questionnée (zzz), je me demande si le FIJM a déjà reçu les colères de Petrowski sur le ratio de francophones dans la programmation. Car elle le reproche au FEQ.

    Pourtant, le FIJM et le FEQ se ressemblent beaucoup. Ils se partagent à chaque été quelques artistes, d’ailleurs.

    Tu ne te trompes pas, le FEQ n’est pas spécialisé. Il y en a pour tous avec de la grosse pop, du folk, du rock, du hip hop, de l’électro, du jazz, du blues, de la musique du monde. Comme le FIJM, c’est très très varié et c’est justement une de ses forces.

  3. Tu m’as devancé la dessus je voulais justement faire un billet sur ce sujet. J’aurai eu passablement les mêmes propos.

    Par contre, le FIJM n’est pas critiqué sur sa proportion de français probablement à cause de la tenu des Francofolies juste avant ou après.

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