Dieu est aussi ignorant que toi

Mickey prie

En ces temps où tirer de la mitraillette et croire au créationnisme est suffisant pour soulever les foules aux États-Unis et où on ne peut rigoler sur certaines croyances sans recevoir des menaces de mort, j’ai l’impression que se dire athée est presque redevenu un coup d’éclat, un statement. Pourtant, comme le dit Bernard Werber dans Les thanatonautes, Dieu est humour!

Aujourd’hui, dans le chronique BD, un Dieu qui manque de réponses, une Afrique déchirée par ses gouvernements, une uchronie lunaire, cinq vieux vicieux et la suite d’une histoire de mafia russe financée par la CIA. Mentionnons que j’ai décidé de publié en même temps sur ce blogue bangbangesque et sur mon blogue perso les chroniques bédés.

Dieu n'a pas réponse à tout 1

Dieu n’a pas réponse à tout – tome 1
Benacquista, Barral
Dargaud

L’idée m’a charmé: Dieu n’est pas infaillible – il ne sait pas tout. Du haut de son ciel divin, il se sent parfois incapable d’aider un pauvre mortel, il fait donc appel à de grands esprits peuplant son paradis. Sauf qu’il y a pas mal que l’idée qui est bonne. Pas que c’est foncièrement mauvais, mais les histoires sont fades, assez prévisibles et manquent cruellement de punch. Ce concept aurait mérité d’être plus incisif, d’être un peu corrosif, d’être un tantinet baveux, plutôt que de simplement créer des anachronismes… On ne pourrait même pas qualifier ça de taquin (sauf peut-être si on travaille à RockDétente…) Un peu comme les cartes de Dany Turcotte à Tout le monde en parle: au mieux on sourit. Comme du Burger King, c’est vite consommé, vite digéré et vite oublié.

Afrika

Afrika
Hermann
Le Lombard (Collection Signé)

Ceux qui ne me lisent pas pour la première fois savent que je suis un admirateur du travail de Hermann – et ce n’est pas cette bédé qui va changer ça, bien au contraire! Je ne suis pas un amateur de l’éditeur, mais je dois avouer que sa collection Signé vaut le détour, alors qu’elle donne carte blanche à différents bédéistes et qui, normalement, osent, s’aventurent et offrent des oeuvres achevées et personnelles. Pour cette aventure solitaire, Hermann nous transporte en Afrique, dans une réserve où se côtoient des guépards, des lions, des zèbres, des éléphants, des gazelles, des hippopotames, etc. Le patron lutte sans merci contre les braconniers. Une journaliste enquête sur son coin de pays au même moment où le gouvernement voisin ravage en douce un village local. Témoins de l’évènement, c’est une course à l’homme dans la jungle.

On sent toute la maturité du bédéiste. Le scénario est digne des meilleurs films. Le mystère plane toujours à la fin: qui était exactement Dario? Pourquoi fait-il ça? Que fera la journaliste de tous ces renseignements? Sur quoi enquêtait-elle vraiment? L’absence de ces réponses est intentionnelle, car les personnages sont bel et bien complets. Des bribes ici et là les définissent avec assez précisions pour savoir que l’auteur leur a imaginé une vie complète, mais qu’il ne nous dit pas tout. Je crois qu’à chaque page j’ai été ensorcelé devant une case, voire plus d’une. Les illustrations regorgent de vie. Il nous dessine un regard et l’on sent toute l’émotion du personnage. Il maitrise le crayon, la mise en scène, le cadrage, l’encrage, le coloriage. Un artiste tellement complet. À s’en licher les doigts.

Jour J - Les Russes sur la Lune

Jour J – Les Russes sur la Lune
Duval, Pécau, Buchet
Delcourt (Série B)

C’est mon amour des uchronies qui m’a attiré vers cette bande dessinée. Cinq bédés sont prévues pour cette série Jour J. La première, parue cet été, propose d’imaginer ce qu’aurait pu être l’Histoire si Apollo XI s’était planté et que c’était plutôt les Russes qui avaient posé les pieds, les premiers, sur la Lune. La Guerre froide aurait-elle changé? Les Soviétiques auraient-ils eu le dessus, le respect de la communauté internationale?

Honnêtement, j’ai été déçu par l’uchronie. Le scénario proposé met vite de côté les impacts politiques, économiques et scientifiques d’un tel changement. Grosso modo, dix ans plus tard, les Américains et les Russes ont des bases lunaires, la Guerre froide est plus tendue que jamais… puis finalement un bébé né sur la Lune d’un père communiste et d’une mère capitaliste met fin à cette stupide guerre. Les auteurs nous transportent davantage dans une histoire d’amitié née sur le satellite naturel de la Terre entre les astronautes et les cosmonautes. Ce genre d’histoire qui aurait pu exister, uchronie ou non.

Si je suis déçu sur cette évolution parallèle proposée, le produit demeure tout de même bien fait. Certains cadrages douteux, certaines précipitations dans les péripéties et développement, mais l’exercice est le fruit d’un effort bien visible. Et je donnerai à l’avocat du Diable qu’inventer une telle uchronie ne doit pas être évident.

Le téléscope

Le télescope
Van Hamme, Teng
Casterman

« Ils ont trois cents ans à eux cinq. En face, à portée de télescope, elle en a vingt-cinq à elle toute seule. Ils ont perdu la plupart de leurs illusions. Elle n’a pas encore eu le temps de s’en créer beaucoup. Ils sont plutôt fauchés. Elle raffole des bijoux et des restaurants de luxe. […] Le télescope est une histoire résolument immorale qui parle tout bêtement d’amitié, de sexe, d’argent, d’amour et de tendresse. »

Avec Van Hamme et cette prémisse, j’estimais avoir une histoire assez tordu et j’avais bien hâte de lire ça. Une surprise m’attendait. L’histoire est bel et bien tordue, mais pas de la manière dont je le présageais! Il est un banquier aux ambitions étouffées, un chef d’un petit resto de quartier, un policier appelé à prendre sa retraite, un écrivain anonyme et un acteur devant se contenter de petites publicités. À 60 ans, ils ont tous un peu abandonné la partie… mais se permettent de fantasmer sur cette fille de luxe. Une rencontre se fait, elle changera leur vie à jamais en les entrainant dans une histoire surprenante.

Est-ce réellement immoral? Boah… pas tant. C’est tordu pour les rebondissements plutôt que pour l’immoralité et cela m’a créé une petite déception – j’aime les histoires immorales. D’autant plus que si Teng dessine avec un impressionnant réalisme, l’encrage et le coloriage m’a légèrement agressé tout le long. C’est néanmoins une bédé bien sympathique, qui fait sourire et qui donne presque le goût de se payer une fille de luxe. Si les Cohen y mettaient de leur couleur, cela pourrait donner un film bien divertissant.

Black Op 4 Black Op 5

Black Op – tome 4 et 5
Desberg, Labiano
Dargaud

Je continue la lecture de cette série où nous suivons les tractations de la CIA cherchant à mettre bas au régime communiste soviétique en finançant la mafia russe. C’est en suivant un agent de terrain que nous découvrons peu à peu cette histoire autant politique que policière. Ici, notre héros découvre pourquoi et comment est née cette manigance et de quelle façon ses amis l’ont trahi.

En effet, l’actuel vice-président, et ami d’enfance du héros, souhaite rayer de la carte cette mafia russe qu’il a aidée à mettre sur pied, alors qu’il était responsable de l’opération de la CIA née quelques décennies auparavant, afin de garder plusieurs millions de dollars dormant au fond d’un compte oublié. Se faisant passer pour mort depuis plusieurs années, Floyd Whitman entend bien régler ses comptes avec le gouvernement américain et avec la mafia russe, alors que les deux s’en sont servis pour leurs propres intérêts.

On se promène encore avec bonheur dans le passé et dans le présent. On découvre de nouveaux morceaux du casse-tête, on a presque mal pour cet agent de la CIA qui a été trahi par tout le monde, ou du moins, on comprend son amertume – même si la vengeance, c’est mal, hein. Mon seul bémol, c’est qu’en ne lisant pas les tomes un à la suite de l’autre et aux nombreux personnages dans les nombreuses intrigues, j’en suis venu à me perdre dans les références… Le sixième tome semble toutefois le dernier, à voir comment les choses se précipitent dans le cinquième. Ça sent l’acte final… enfin!

Commentaires sur le premier tome de la série ici et sur les deuxième et troisième tomes ici.

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