L’art de rattraper le temps perdu

À Québec, j’étais habitué à la routine de voir un spectacle tous les soirs, ou presque. Depuis que je suis sur la Côte-Nord, j’ai perdu ce rythme et la semaine passée, je l’ai revécu le temps d’une semaine. Si je n’ai pas été essoufflé, j’ai clairement manqué de temps pour faire des retours sur tous les évènements.

Cibler - Danse K par K

Le 23 novembre, Sept-Îles avait la chance de recevoir la compagnie Danse K par K de la très sympathique Karine Ledoyen pour leur spectacle Cibler. Si j’enlève les prestations où s’y mêlaient plusieurs genres et les petits segments de 10-15 minutes vus ici et là, c’était la première fois que j’assistais à un vrai spectacle de danse contemporaine. J’ai beaucoup apprécié.

Évidemment, je n’ai pas vu toutes les subtilités qu’a évoquées la chorégraphe durant mon entrevue avec elle — comme elle dit, il faut en voir plusieurs avant de pouvoir le faire — mais j’ai quand même embarqué dans cette pluie de mouvements. Elle disait vouloir essouffler ses danseuses et elles le sont vraiment à la fin de la prestation. J’ai été hypnotisé par les mouvements, la mise en scène épurée et efficace, la musique qui donnait le ton aux gestes (excellent travail de Mathieu Doyon). Impressionné surtout de voir ces artistes être autant en contrôle de leur corps.

J’en veux un autre.

«On a toujours une préférence»
À présent

Le lendemain, toujours à la Salle Jean-Marc-Dion, c’était le théâtre Jean-Duceppe qui se déplaçait en région pour la pièce À présent de Catherine-Anne Toupin, qui y tient aussi un rôle. Encore une fois, j’ai adoré. Probablement pour son côté très Polanski, impossible selon moi de ne pas faire de parallèle avec Rosemary’s Baby. Mais pour qu’une histoire s’épanouisse, elle doit être livrée par une mise en scène de qualité et des acteurs en forme, ce que nous retrouvons dans cette pièce.

Alors qu’Alice (Toupin) et Benoit (David Savard) tentent de se remettre d’un drame, leurs voisins se montrent soudainement envahissants. La mère (Monique Mercure) se montre coquine envers Benoit, le père (François Tassé) déraille la psychologie des deux et le fils (Eric Bernier) convoite Alice. La pièce joue sur les faiblesses, les envies, l’importance des choix et sur les désirs enfouis. Finalement, qui manipule qui? Que s’est-il passé? Alice s’en sortira-t-elle?

Une tempête du Plateau à Sept-Îles
Eve Cournoyer

Dans un Edgar que j’aurais cru plus rempli, quoiqu’il parait que plusieurs personnes sont parties, tannées d’attendre que ça commence, Eve Cournoyer s’est livrée sans flafla, dans tout son naturel et dans une formule épurée, accompagnée seulement de sa guitare. La poésie n’en est que plus belle, la voix n’est que plus douce, les mélodies sont plus fortes. Sincèrement, l’acoustique devrait être plus souvent dans l’univers musical de cette «do-it-yourself».

L’écoute était religieuse, comme le veut l’expression, et le moment était beau, intimiste. Sur le coup, j’ai imaginé d’autres artistes qui pourraient tous aussi bien tirer profit d’une telle ambiance, comme Dany Placard, Urbain Desbois, Avec pas d’casque ou Paul Cargnello. Si vous lisez ces lignes et que Sept-Îles vous tente, faites-moi signe.

Du souffle, des anches et des notes
Orkestre des Pas Perdus

Un des spectacles que j’attendais le plus depuis que je suis à Sept-Îles était celui de l’Orkestre des Pas Perdus. Cet ensemble de cuivres, et d’une batterie, allait assurément offrir de belles voltiges musicales. Mes croyances n’étaient pas farfelues: je n’ai pas vu le temps passé tellement j’ai aimé ça. Ce n’est pas une exagération, lorsque Claude St-Jean a annoncé la dernière chanson, j’ai vérifié l’heure tellement je croyais que ça ne faisait que trente minutes ils étaient sur scène. Pourtant, ils ont bel et bien joué 90 minutes (rappel compris).

Les huit musiciens ont livré plusieurs pièces du dernier album, Projet 9, mais également plusieurs nouvelles (ils ont d’ailleurs su le jour du spectacle que Musicaction leur offrait un financement – yé!) et d’autres plus anciennes encore. J’ai été transporté par le tuba, par les harmonies et par les petits solos. J’ai savouré les multiples influences que St-Jean incorpore dans ses compositions et j’ai bien aimé le naturel du chef d’orchestre: ses interventions sont parfois boiteuses, mais toujours honnêtes, et ça, j’aime ça.

Du bonbon.

Coeur de rocker
Pépé Goes Français

En voyant Pépé sur la scène de l’auditorium du Cégep de Sept-Îles, hier soir, j’avais l’impression de retrouver un vieux chum. Il faut dire qu’ai commencé à suivre son parcours assez tôt. Je ne peux même pas compter combien de fois je l’ai eu en entrevue et combien de fois je l’ai vu en prestation.

Il était là pour son spectacle Goes Français, mais à mon grand plaisir, il a aussi balancé quelques pièces de son cru, dont quelques vieilles comme Notre Paris, Y fait beau et L’alcool, sans oublier La mission, Les croûtes ou Toé tu l’as, au grand plaisir de la foule pour cette dernière. S’il ne réussit pas à me faire davantage apprécier les pièces comme Pour un flirt ou Salut les amoureux, j’apprécie ses versions de J’ai vu, Laisse tomber les filles et Manu Chao… même Coeur de rocker. Il aurait dû se mettre une Rita Mitsouko, dans cette poignée de reprises, d’ailleurs.

C’était aussi une foule en feu! Quelle ambiance! Le public le plus festif que j’ai vu depuis que je suis à Sept-Îles, encore plus que pour Misteur Valaire. Grâce aux chansons quétaines ou grâce à l’énergie de Pépé? Sûrement un bon mélange des deux. Justement, et honnêtement, j’ai bien hâte qu’il retourne à ses compositions. Heureusement, c’est ce qui s’enligne alors qu’il m’a dit être en pleine préproduction. Ouf!

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photo À présent: Marlène Gélineau-Payette
photo Orkestre des pas perdus: Michel Pinault
photo Pépé: Frederic Sune

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