Je ne fais pas de palmarès (mais je salue les bons coups quand même)

La seule chose qui me manque depuis que j’ai quitté la vie citadine pour la région éloignée, c’est l’accès aux disques. D’une (grande) part parce qu’en tant que journaliste et animateur à la radio, je recevais plusieurs albums et d’une autre part parce qu’il y avait des disquaires, spécialisés, même!

Bon, en étant encore dans la famille BangBang, même en retrait, j’ai encore de temps à autre accès à certains trucs. Mais côté disquaire, c’est mort. Absolument rien à Fermont et pour Sept-Îles, il n’y a que le Wal-Mart, ce qui signifie rien.

Certes, il y a Internet (achats et téléchargements), il y a les vacances dans la civilisation, il y a les amis, donc j’ai pu me mettre plusieurs trucs sous la dent, mais pas au rythme et à la quantité voulue. Mais, le pire, c’est que puisque je reçois ou achète en lot, même après avoir intégré un album dans ma discothèque, ça peut prendre des semaines avant de pouvoir l’écouter comme il faut (ce qui explique justement la sous catégorie plus bas).

Sachant trop ce que je n’ai pas pu écouter, je me refuse à tout palmarès digne de ce nom.

Néanmoins, il y a du travail qui mérite d’être souligné. Ce n’est pas un palmarès, mais plus quelque chose comme un high five pour ceux qui, parmi les disques que j’ai écoutés cette année, m’ont donné du bonheur en 2010.

Arcade Fire - The Suburbs
Arcade Fire – The Suburbs
Un album que je n’ai pas écouté si souvent que ça, ce qui m’étonne si je compare à la critique que j’en avais faite à sa sortie. C’est un très bon album que j’apprécie plus que Neon Bible.

Karkwa - Les chemins de verre
Karkwa – Les chemins de verre
Si j’avais fait un palmarès, cet album aurait eu de bonnes chances d’arriver au sommet, tous genres et langues confondus. Combien de groupes réussissent encore à surprendre et à évoluer à un quatrième album? Peu. Le genre de groupe qui pourrait avoir le même engouement planétaire que Arcade Fire s’ils n’étaient pas francophones.

Chantal Archambault - La romance des couteaux
Chantal Archambault – La romance des couteaux
Une artiste que j’ai découvert à peu près après tout le monde (ben… du monde musical), je n’ai écouté pour la première fois son album que ce mois-ci, mais je pense l’avoir écouté quatre-cinq fois en boucle cette fois-là… et je ne fais pas ça souvent. Un coup de foudre, oui.

Misteur Valaire - Golden Bombay
Misteur Valaire – Golden Bombay
Aucune surprise que je nomme ce disque qui a été à plusieurs reprises un de mes meilleurs compagnons de route sur l’interminable route 389. Tout comme Karkwa, cet album aurait été dans le premier trio d’un vrai palmarès, probablement, même s’il est plus pop et moins jazzé que le précédent. C’est que les gars ont réussi à se rendre plus accessibles sans devenir putes.

Das Racist - Shut up, Dude
Das Racist – Shut up, Dude
Cet album me fait tout simplement toujours sourire tout en me donnant le goût de monter le volume. C’est habituellement un bon signe.

Dirty Projector & Björk - Mount Wittenberg Orca
Dirty Projector & Björk – Mount Wittenberg Orca
Même si ce petit album mérite quelques écoutes pour vraiment bien embarquer dans cette particulière bulle, j’ai été conquis dès le premier essai.

The Franco Proietti Morph-Tet - Live!
The Franco Proietti Morph-tet – Live! A Weekend at Centre St.-Ambroise
Habituellement, on ne met pas de compilations ou de live dans un palmarès, mais ça tombe bien, ce n’est justement pas ça que je fais. Un autre album découvert que récemment, mais que j’ai souvent fait tourner. Sans surprise, ça me rappelle Kobayashi (qui, pour moi, représente le nu-jazz). J’aime quand le DJ est aussi bien intégré, traité comme un musicien à part entière.

Sean Nicholas Savage - Movin Up Society
Sean Nicholas Savage – Movin Up Society
Est-ce parce que je l’ai manqué cet été au OFF de Québec? Peut-être, oui, que mes nombreuses écoutes étaient une sorte de compensation, mais c’est sans aucun doute le signe d’une affection. Un folk intemporel, malgré des influences bien rétro. Il est tout jeune et, pourtant, sa musique semble le fruit d’une maturité musicale.

Holy Fuck - Latin
Holy Fuck – Latin
Même si les albums n’accotent pas les prestations, ça demeure du bonbon pour les oreilles. Si le nouvel album est moins «trash», il a gagné en psychédélisme et en subtilité. Un des meilleurs groupes canadiens.

Radio Radio - Belmundo Regal
Radio Radio – Belmundo Regal
On dirait que toutes leurs chansons restent dans la tête lorsqu’on les écoute. Mais, surtout, le trio a su s’imposer davantage malgré le départ Timo. C’est hyper bonbon, mais ça ne donne pas mal au coeur. C’est rare de tels bonbons.

Baths - Cerulean
Baths – Cerulean
Du hip hop instrumental. Un magnifique boulot d’échantillonnage. Un matriçage tout de même feutré. On se laisse porter par le courant.

Catégorie: Je n’ai écouté qu’une ou deux fois rapidement et dorment dans ma liste d’albums à écouter attentivement et je n’ai donc pas le recul pour bien les juger mais je tiens quand même à les mentionner

Jimmy Hunt – Jimmy Hunt / Les Frères Goyette – Rendez-vous du troisième âge / Moussette – Le club alpin / Panache – Panache / Suckers – Wild Smile / Sunny Duval – Sein noir, sein blanc / Winter Gloves – All red / Grenadine – Grenadine

Catégorie Spectacles – même si ça risque d’être exclusivement du Festival d’Été de Québec

Holy Fuck @ Festival d’Été de Québec
Pour leur musique tricotée très serrée, un gros mur de son, intense, qui nous emporte avec facilité. Ça commençait bien le festival.

The Slew @ Festival d’Été de Québec
Le projet n’est que plus puissant sur scène.

Arcade Fire @ Festival d’Été de Québec
Je les voyais enfin sur scène. Même si je garde mon point que j’aurais mieux aimé une petite salle que les Plaines, ça reste une prestation solide.

Think About Life @ Festival d’Été de Québec
Peut-on rester de glace devant l’énergie de Martin Cesar? leur pop sucré? Non, impossible. C’est la fête à coup sûr.

Caribou @ Festival d’Été de Québec
Je pense que c’est mon spectacle de l’année. C’est la première fois que je le voyais sur scène et j’ai tout simplement été jeté sur le cul. Dire que j’ai pu y être grâce à un retard dans l’horaire. Amen!

Fred Fortin @ Festival d’Été de Québec
Une des meilleures prestations du chanteur que j’ai vues. Malgré un Impérial plein, les versions folk épurées et l’amour du public envers l’auteur-compositeur a créé une atmosphère intimiste. Plus le spectacle avançait, plus le gros rock s’installait. Dans mon top3 de l’année.

Bernard Adamus @ Festival d’Été de Québec
C’est rare qu’un spectacle en plein après-midi réussisse à s’imposer. C’est pourtant ce qu’a réussi à faire Bernard Adamus. Enfin, je voyais sur scène cet album que j’écoutais depuis des mois. Et depuis, je ne souhaite que le revoir.

Karkwa @ Festival d’Été de Québec
Ils sont incontournables. Je n’ai encore jamais vu une mauvaise prestation d’eux, même lorsque le contexte s’y prête moins, ce qui n’était pas le cas ici. Ils sont solides.

Le Golden @ Festival d’Été de Québec
Ce dernier spectacle du festival, littéralement le dernier, a été la cerise sur le gâteau. Je résiste difficilement à des improvisations pigeant dans l’électro, le hip hop et le jazz.

L’Orkestre des Pas Perdus @ Salle Jean-Marc-Dion, Sept-Îles
Quand un spectacle semble passer aussi vite que celui-là, c’est parce qu’on a passé une sacrée belle soirée. De loin le meilleur spectacle de l’automne.

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Moi qui voulais être bref!

Qu’est-ce que le FEQ boude réellement?

Festival d'Été de Québec

On dirait bien que Le Soleil a décidé d’être le porte-voix des producteurs et des gérants frustrés de ne pas trouver écho au Festival d’Été de Québec. Après la tourmente de l’été dernier, le quotidien de Québec a décidé de remettre ça sur le tapis. Il y a les propos de Luc Plamondon mis en Une du journal le 19 novembre dernier, puis au même célèbre porteur de lunettes de soleil le 30 novembre. La journaliste Valérie Lesage revenait encore sur le sujet le 7 décembre puis une autre fois le 15 décembre.

Nicolas Lemieux trouve «hallucinant» que le FEQ n’ait pas voulu de son artiste. « »Marjo se compare à qui dans le marché québécois? Qui d’autre a vendu un million de disques en carrière et a fait le Centre Bell? » rage le président de Sphère, convaincu que Marjo et ses hommes est un événement qui se prêtait à merveille à une grande fête intergénérationnelle au FEQ.»

Faire le Centre Bell, ça, il y en a plein qui l’ont fait et qui le font encore. Notons aussi que le Centre Bell, c’est environ le quart des Plaines d’Abraham, l’un n’égale pas l’autre. Puis en tant que journaliste culturel, honnêtement, Marjo aurait l’air vide sur les Plaines, sa place serait au Pigeonnier. Le site déborderait probablement, mais il n’y aurait jamais 100 000 personnes pour elle sur la plus grosse scène.

«On comprend que tous les shows francophones ne peuvent pas habiller les Plaines; on n’est pas caves! Mais personne ne peut dire que Marjo, ça ne marcherait pas!» a ajouté, plus loin dans l’article, M. Lemieux. Moi je le dis, Nicolas.

Il faut comprendre que depuis quelques années, le FEQ est passé à un autre niveau. Tu ne peux pas créer des évènements de l’envergure de Rush, Rammstein, Black Eyed Peas puis penser créer un effet similaire avec un artiste québécois, en ce moment. Je ne sais pas si Marjo a réellement vendu plus d’un million d’albums, mais si c’est le cas, c’est en quelques décennies. Les artistes qui débarquent maintenant sur la grosse scène en vendent autant par album (voire par mois?). Il me semble évident que ce n’est pas du tout la même ligue.

Le 15 décembre, Valérie Lesage nous arrive avec l’avis d’Edouardo Da Costa, le gérant de Marie-Chantal Toupin. Les mêmes qui ont chialé il y a quelques semaines que les radios les «boudaient». Sans surprise, ils sont aussi «boudés» par le FEQ. Moi, à leur place, j’y verrais un signe. Il doit y avoir une corrélation quelque part là-dedans…

Festival d'Été de Québec - Renaud Philippe

Je suis un amoureux de la chanson francophone. J’ai animé six ans une émission de radio hebdomadaire sur la musique locale, majoritairement franco. J’ai conçu une série de douze émissions de type Musicographie sur les groupes marquants de la scène underground québécoise, tous francophones. La musique francophone occupe une très large place dans ma discothèque et je crois que je connais plus d’albums francophones par coeur qu’anglophones. Je le dis avant qu’on me traite de vendu.

Ayant parcouru le FEQ l’été dernier pour BangBang, je peux facilement noter ce que j’y ai vu de francophone: Damien Robitaille, Fred Fortin, Karkwa et Bernard Adamus. Pas vu pour diverses raisons, mais j’aurais aussi aimé voir: Yann Perreau, Monogrenade, une demi-douzaine d’artistes francophones à la soirée Hip hop, les Breastfeeders et Radio Radio. Et je ne parle que de ceux que je trouve intéressants, là.

Je pourrais aussi nommer des Anglos-Québécois (Think About Life, Arcade Fire), ou d’autres chantent dans cette langue (Dance Laury Dance, Elisapie Isaac) ou qui proposent une musique instrumentale (Le Golden, Kid Koala).

Je serai le premier à critiquer le Festival lorsqu’il ne fera plus de place aux artistes locaux, aux artistes francophones et à la musique indépendante. Il faut simplement comprendre que les Québécois seront maintenant bien rare sur les Plaines. On les trouve maintenant sur les autres scènes.

Je n’aime même pas les artistes qui passent sur les Plaines, je trouve qu’il y a beaucoup trop de has been sur la grosse scène, qu’ils soient anglophones ou francophones, et pourtant je félicite le virage qu’a pris le FEQ il y a quelques années.

La question, selon moi, n’est pas si le FEQ boude la musique francophone, mais si l’évènement, dans sa direction artistique, ne boude pas plutôt la pop sans originalité. Le festival veut clairement des trucs uniques, qui se démarquent. Il se fait de la maudite bonne musique franco au Québec, mais elle est dans l’ombre des grosses machines et, surtout, réussit à faire son chemin dans la programmation du FEQ malgré tout.

Selon vous, Luc, Nicolas, Edouardo… pourquoi?

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Burp se questionne aussi, comme moi, sur la neutralité de Valérie Lesage: «J’ai surtout repensé à Valérie Lesage en particulier, qui a publié depuis cet été des billets de blogue et des articles sur la faible présence francophone au FEQ. Sa question est légitime mais le manque de perspective et de gros bon sens dont elle fait preuve, jumelés à un acharnement qui frise l’obsession, la font tranquillement passer pour une fru qui essaie encore de retirer la gomme que le FEQ lui a tiré dans les cheveux dans la cour de récré il y a 25 ans.»

Ça ressemble un peu trop à une chasse aux sorcières et à du pleurnichage en public de producteurs frustrés. Il n’y aurait pas un manque d’équilibre, dans tout ça, collègues du Soleil?!

CKIA risque la noyade, tendez la main

Lorsqu’on est en ondes, on est toujours sur la meilleure station de radio de la ville, de la région, du pays et même du monde. Pas nécessairement qu’on chie sur les autres, ce n’est pas seulement lorsqu’on parle des concurrentes, c’est dans notre subconscient: le produit qu’on offre est automatiquement le meilleur pis les autres l’ont pas pantoute.

Pourtant, une fois qu’on ferme le micro, on est prêt à aller prendre une bière avec un artisan de la station voisine. Parce qu’une fois de retour dans le réel, on apprécie le travail des autres, on les aime et on s’en inspire.

J’ai été à CHYZ 94,3 FM de janvier 2003 à janvier 2009. J’y étais très impliqué: plusieurs émissions hebdomadaires, animateur de la quotidienne culturelle durant quatre ans, membre du C.A., membre de la direction, etc. Ça ne m’a jamais empêché d’écouter CKRL 89,1 et CKIA 88,3.

Les trois stations ont un créneau assez précis, même si ce sont là les trois alternatives des grandes stations commerciales. Les trois ont une couleur bien distincte dans leurs choix musicaux, dans le ton des animateurs et dans les sujets traités.

CKIA 88,3 FM

CKIA, c’est la radio de la basse-ville, c’est la station des organismes communautaires et multiethniques. Il n’y a pas une station de Québec aussi près des gens de son quartier. Elle couvre un territoire que CKRL et CHYZ ne touchent pas beaucoup. Perdre cette radio serait une véritable perte pour la Vieille Capitale… et ce scénario est malheureusement dans l’air.

Je vous copie-colle donc un courriel reçu de mon ami Bryan St-Louis, ancien directeur de la programmation et maintenant président du conseil d’administration de CKIA.

[…] nous avons des dettes très importantes et, il y a deux semaines, l’ancien conseil d’administration a dû remercier la plupart des employés de la station, car il n’y avait tout simplement plus de fonds pour payer leurs salaires.

La situation est donc très difficile, mais […] notre dernière assemblée générale a montré que les membres de la station étaient encore derrière CKIA. Nous sommes très conscients qu’un vent de renouveau doit souffler sur la station et que d’importants changements doivent être faits. Un nouveau conseil d’administration a été mis en place, une nouvelle direction générale sera bientôt en poste et la réflexion se poursuivra sur l’ensemble de la mission et la programmation de CKIA.

Cependant, même penser à faire de tels changements est difficile pour le moment : pour cela, il nous faudra un appui immédiat!

Ce courriel se veut alarmant sans être alarmiste. D’un côté, la situation est préoccupante au point de s’inquiéter à savoir si nos ressources financières vont nous permettre à continuer à émettre d’ici quelques semaines, mais de l’autre il y a une belle réponse des proches de CKIA qui montre que l’énergie et le désir de sauver la station sont bien présents, ce qui nous rend optimistes.

[…] Vous pouvez faire quelque chose pour aider CKIA et cela nous aidera réellement, concrètement, et immédiatement! Il s’agit de devenir membre de la station. Devenir membre ne coûte que 20 $ – je sais que vous pouvez faire ce don! Ce 20 $ devient un appui financier pour la station, et vous n’êtes pas en reste, car cela donne droit à des rabais chez des commerçants partenaires : 10% aux Librairies Pantoute (très pratique pour Noël!), chez Alpaqa, et plein de bières au Sacrilège, à la Barberie, au Fou-Bar, au Café Babylone, au Bal du Lézard… Si vous fréquentez le moindrement ces endroits, c’est rentable!

Pour devenir membre, allez tout simplement sur la page suivante : http://www.ckiafm.org/membre.html. On peut devenir membre en ligne (avec le simple et sécure Paypal), c’est très facile, rapide… Pourquoi ne pas prendre 5 minutes et le faire dès maintenant?

Peut-être n’écoutez-vous pas CKIA FM, que vous ne connaissez pas vraiment la station, peut-être que vous n’habitez pas Québec… Mais […] la situation est critique, et nous avons vraiment besoin d’un coup de main majeur pour passer au travers cette période difficile… Je demande votre solidarité! Ce n’est qu’un petit don pour vous, mais qui pourra faire toute la différence mis avec les autres […] Notre objectif est ambitieux… merci vraiment de nous aider à y parvenir.

Guy Nantel: provocateur, vraiment?

Guy Nantel

On le dit intelligent et politisé. On dit aussi, et souvent, qu’il est provocateur, incisif, mordant, etc. Ah oui?! Vendredi dernier, Guy Nantel était de passage pour la première fois de sa carrière à Sept-Îles, à la Salle Jean-Marc-Dion.

Tiens, j’ouvre immédiatement cette parenthèse. Je me doutais bien que ça allait être plein, l’humour, c’est ce qui sert à financer les spectacles de 100 personnes, on ne se le cachera pas. L’image m’a quand même frappé lorsque je suis arrivé dans le stationnement. Habituellement, pour disons un Vincent Vallières ou pour une pièce de théâtre, on peut facilement se stationner, même pas dans le fond, même quand on arrive juste. Mais vendredi, pour Guy Nantel, j’ai été chanceux de trouver une place – sûrement la dernière que personne ne voyait, ça se stationnait déjà dans les rues avoisinantes, le parking était plein. Méga plein. Ça me désole toujours autant de voir que le monde est prêt à essayer un humoriste à 40$ par personne, qu’ils ne connaissent pas tous vraiment, mais qu’ils sont incapables d’essayer un chanteur ou une pièce de théâtre à 20$. Comme dirait Pierre Lambert: «Sacrament!!»

Revenons à l’humoriste. Fait un bout que je le suis. Quand il a fait ses débuts à Il va y avoir du sport, ça faisait un bon moment que je le connaissais. Je me souviens que je ne comprenais pas pourquoi il n’était pas plus populaire. Je me demandais finalement si c’était « l’intellectualisation » de son humour ou son talent, qui le nuisait, au bout du compte. Parce que ça ne prend pas un doctorat en philosophie pour le comprendre non plus! Il aborde des sujets qui sont évoqués tous les jours dans les nouvelles.

Vendredi, j’ai eu un peu le même malaise. Je suis super content qu’il pogne enfin. Pas parce que je trouve que c’est le meilleur, mais il y a si peu d’humour de ce genre au Québec, en ce moment. J’adore l’humour absurde, j’aime bien, aussi, rire de blagues bien grasses et même sur les relations hommes-femmes (quand c’est bien fait), sauf qu’il faut un équilibre et il n’y a pas assez d’humour dit politisé. Notez, c’était sûrement là la force populaire de RBO qui proposait eux-mêmes un équilibre de toutes ces facettes.

Bref, du moins j’essaie de l’être, pendant que Nantel y allait de ses blagues « salées », j’ai tenté de comprendre pourquoi je n’appréciais pas tant que ça. Pour plusieurs raisons, j’ai compris qu’il ne me choquait pas, tout comme il ne m’allumait pas. Pourquoi? Parce que je fais le même genre de blagues entre amis? Parce qu’il ne m’apporte aucune nouvelle réflexion à laquelle je n’ai pas moi-même songé ou lue dans un éditorial ou un essai? Je ne sais pas et tenter d’intellectualiser pourquoi je ris ou ne ris pas est un peu con.

Si je ne me suis jamais esclaffé, je ne cache pas que j’ai bien ri à quelques endroits. Sinon, j’ai surtout souri… ou analysé la réaction du public. Je me suis surtout dit que si, pour le Québec, la population en générale, c’est ça être provocateur et mordant, c’est triste.

Ne te contente pas d’une pichenotte, donne une claque! Débarque avec quelque chose que l’on n’a jamais entendu! Ébranle-nous!

C’est encore trop gentil à mon goût. Je suis sûr qu’aucun conducteur de Hummer ne se sent mal durant les blagues sur eux. Durant la partie sur l’obésité, je n’ai senti rien de plus qu’une bine sur mon épaule de gros!

Disons-le, si Guy Nantel était réellement incisif, il ne remplirait pas des salles de 800 personnes, parce que le monde n’aime pas être pointé du doigt. Pourtant, il le faut bien, parfois, montrer du doigt.

Dieu est aussi ignorant que toi

Mickey prie

En ces temps où tirer de la mitraillette et croire au créationnisme est suffisant pour soulever les foules aux États-Unis et où on ne peut rigoler sur certaines croyances sans recevoir des menaces de mort, j’ai l’impression que se dire athée est presque redevenu un coup d’éclat, un statement. Pourtant, comme le dit Bernard Werber dans Les thanatonautes, Dieu est humour!

Aujourd’hui, dans le chronique BD, un Dieu qui manque de réponses, une Afrique déchirée par ses gouvernements, une uchronie lunaire, cinq vieux vicieux et la suite d’une histoire de mafia russe financée par la CIA. Mentionnons que j’ai décidé de publié en même temps sur ce blogue bangbangesque et sur mon blogue perso les chroniques bédés.

Dieu n'a pas réponse à tout 1

Dieu n’a pas réponse à tout – tome 1
Benacquista, Barral
Dargaud

L’idée m’a charmé: Dieu n’est pas infaillible – il ne sait pas tout. Du haut de son ciel divin, il se sent parfois incapable d’aider un pauvre mortel, il fait donc appel à de grands esprits peuplant son paradis. Sauf qu’il y a pas mal que l’idée qui est bonne. Pas que c’est foncièrement mauvais, mais les histoires sont fades, assez prévisibles et manquent cruellement de punch. Ce concept aurait mérité d’être plus incisif, d’être un peu corrosif, d’être un tantinet baveux, plutôt que de simplement créer des anachronismes… On ne pourrait même pas qualifier ça de taquin (sauf peut-être si on travaille à RockDétente…) Un peu comme les cartes de Dany Turcotte à Tout le monde en parle: au mieux on sourit. Comme du Burger King, c’est vite consommé, vite digéré et vite oublié.

Afrika

Afrika
Hermann
Le Lombard (Collection Signé)

Ceux qui ne me lisent pas pour la première fois savent que je suis un admirateur du travail de Hermann – et ce n’est pas cette bédé qui va changer ça, bien au contraire! Je ne suis pas un amateur de l’éditeur, mais je dois avouer que sa collection Signé vaut le détour, alors qu’elle donne carte blanche à différents bédéistes et qui, normalement, osent, s’aventurent et offrent des oeuvres achevées et personnelles. Pour cette aventure solitaire, Hermann nous transporte en Afrique, dans une réserve où se côtoient des guépards, des lions, des zèbres, des éléphants, des gazelles, des hippopotames, etc. Le patron lutte sans merci contre les braconniers. Une journaliste enquête sur son coin de pays au même moment où le gouvernement voisin ravage en douce un village local. Témoins de l’évènement, c’est une course à l’homme dans la jungle.

On sent toute la maturité du bédéiste. Le scénario est digne des meilleurs films. Le mystère plane toujours à la fin: qui était exactement Dario? Pourquoi fait-il ça? Que fera la journaliste de tous ces renseignements? Sur quoi enquêtait-elle vraiment? L’absence de ces réponses est intentionnelle, car les personnages sont bel et bien complets. Des bribes ici et là les définissent avec assez précisions pour savoir que l’auteur leur a imaginé une vie complète, mais qu’il ne nous dit pas tout. Je crois qu’à chaque page j’ai été ensorcelé devant une case, voire plus d’une. Les illustrations regorgent de vie. Il nous dessine un regard et l’on sent toute l’émotion du personnage. Il maitrise le crayon, la mise en scène, le cadrage, l’encrage, le coloriage. Un artiste tellement complet. À s’en licher les doigts.

Jour J - Les Russes sur la Lune

Jour J – Les Russes sur la Lune
Duval, Pécau, Buchet
Delcourt (Série B)

C’est mon amour des uchronies qui m’a attiré vers cette bande dessinée. Cinq bédés sont prévues pour cette série Jour J. La première, parue cet été, propose d’imaginer ce qu’aurait pu être l’Histoire si Apollo XI s’était planté et que c’était plutôt les Russes qui avaient posé les pieds, les premiers, sur la Lune. La Guerre froide aurait-elle changé? Les Soviétiques auraient-ils eu le dessus, le respect de la communauté internationale?

Honnêtement, j’ai été déçu par l’uchronie. Le scénario proposé met vite de côté les impacts politiques, économiques et scientifiques d’un tel changement. Grosso modo, dix ans plus tard, les Américains et les Russes ont des bases lunaires, la Guerre froide est plus tendue que jamais… puis finalement un bébé né sur la Lune d’un père communiste et d’une mère capitaliste met fin à cette stupide guerre. Les auteurs nous transportent davantage dans une histoire d’amitié née sur le satellite naturel de la Terre entre les astronautes et les cosmonautes. Ce genre d’histoire qui aurait pu exister, uchronie ou non.

Si je suis déçu sur cette évolution parallèle proposée, le produit demeure tout de même bien fait. Certains cadrages douteux, certaines précipitations dans les péripéties et développement, mais l’exercice est le fruit d’un effort bien visible. Et je donnerai à l’avocat du Diable qu’inventer une telle uchronie ne doit pas être évident.

Le téléscope

Le télescope
Van Hamme, Teng
Casterman

« Ils ont trois cents ans à eux cinq. En face, à portée de télescope, elle en a vingt-cinq à elle toute seule. Ils ont perdu la plupart de leurs illusions. Elle n’a pas encore eu le temps de s’en créer beaucoup. Ils sont plutôt fauchés. Elle raffole des bijoux et des restaurants de luxe. […] Le télescope est une histoire résolument immorale qui parle tout bêtement d’amitié, de sexe, d’argent, d’amour et de tendresse. »

Avec Van Hamme et cette prémisse, j’estimais avoir une histoire assez tordu et j’avais bien hâte de lire ça. Une surprise m’attendait. L’histoire est bel et bien tordue, mais pas de la manière dont je le présageais! Il est un banquier aux ambitions étouffées, un chef d’un petit resto de quartier, un policier appelé à prendre sa retraite, un écrivain anonyme et un acteur devant se contenter de petites publicités. À 60 ans, ils ont tous un peu abandonné la partie… mais se permettent de fantasmer sur cette fille de luxe. Une rencontre se fait, elle changera leur vie à jamais en les entrainant dans une histoire surprenante.

Est-ce réellement immoral? Boah… pas tant. C’est tordu pour les rebondissements plutôt que pour l’immoralité et cela m’a créé une petite déception – j’aime les histoires immorales. D’autant plus que si Teng dessine avec un impressionnant réalisme, l’encrage et le coloriage m’a légèrement agressé tout le long. C’est néanmoins une bédé bien sympathique, qui fait sourire et qui donne presque le goût de se payer une fille de luxe. Si les Cohen y mettaient de leur couleur, cela pourrait donner un film bien divertissant.

Black Op 4 Black Op 5

Black Op – tome 4 et 5
Desberg, Labiano
Dargaud

Je continue la lecture de cette série où nous suivons les tractations de la CIA cherchant à mettre bas au régime communiste soviétique en finançant la mafia russe. C’est en suivant un agent de terrain que nous découvrons peu à peu cette histoire autant politique que policière. Ici, notre héros découvre pourquoi et comment est née cette manigance et de quelle façon ses amis l’ont trahi.

En effet, l’actuel vice-président, et ami d’enfance du héros, souhaite rayer de la carte cette mafia russe qu’il a aidée à mettre sur pied, alors qu’il était responsable de l’opération de la CIA née quelques décennies auparavant, afin de garder plusieurs millions de dollars dormant au fond d’un compte oublié. Se faisant passer pour mort depuis plusieurs années, Floyd Whitman entend bien régler ses comptes avec le gouvernement américain et avec la mafia russe, alors que les deux s’en sont servis pour leurs propres intérêts.

On se promène encore avec bonheur dans le passé et dans le présent. On découvre de nouveaux morceaux du casse-tête, on a presque mal pour cet agent de la CIA qui a été trahi par tout le monde, ou du moins, on comprend son amertume – même si la vengeance, c’est mal, hein. Mon seul bémol, c’est qu’en ne lisant pas les tomes un à la suite de l’autre et aux nombreux personnages dans les nombreuses intrigues, j’en suis venu à me perdre dans les références… Le sixième tome semble toutefois le dernier, à voir comment les choses se précipitent dans le cinquième. Ça sent l’acte final… enfin!

Commentaires sur le premier tome de la série ici et sur les deuxième et troisième tomes ici.

L’art de rattraper le temps perdu

À Québec, j’étais habitué à la routine de voir un spectacle tous les soirs, ou presque. Depuis que je suis sur la Côte-Nord, j’ai perdu ce rythme et la semaine passée, je l’ai revécu le temps d’une semaine. Si je n’ai pas été essoufflé, j’ai clairement manqué de temps pour faire des retours sur tous les évènements.

Cibler - Danse K par K

Le 23 novembre, Sept-Îles avait la chance de recevoir la compagnie Danse K par K de la très sympathique Karine Ledoyen pour leur spectacle Cibler. Si j’enlève les prestations où s’y mêlaient plusieurs genres et les petits segments de 10-15 minutes vus ici et là, c’était la première fois que j’assistais à un vrai spectacle de danse contemporaine. J’ai beaucoup apprécié.

Évidemment, je n’ai pas vu toutes les subtilités qu’a évoquées la chorégraphe durant mon entrevue avec elle — comme elle dit, il faut en voir plusieurs avant de pouvoir le faire — mais j’ai quand même embarqué dans cette pluie de mouvements. Elle disait vouloir essouffler ses danseuses et elles le sont vraiment à la fin de la prestation. J’ai été hypnotisé par les mouvements, la mise en scène épurée et efficace, la musique qui donnait le ton aux gestes (excellent travail de Mathieu Doyon). Impressionné surtout de voir ces artistes être autant en contrôle de leur corps.

J’en veux un autre.

«On a toujours une préférence»
À présent

Le lendemain, toujours à la Salle Jean-Marc-Dion, c’était le théâtre Jean-Duceppe qui se déplaçait en région pour la pièce À présent de Catherine-Anne Toupin, qui y tient aussi un rôle. Encore une fois, j’ai adoré. Probablement pour son côté très Polanski, impossible selon moi de ne pas faire de parallèle avec Rosemary’s Baby. Mais pour qu’une histoire s’épanouisse, elle doit être livrée par une mise en scène de qualité et des acteurs en forme, ce que nous retrouvons dans cette pièce.

Alors qu’Alice (Toupin) et Benoit (David Savard) tentent de se remettre d’un drame, leurs voisins se montrent soudainement envahissants. La mère (Monique Mercure) se montre coquine envers Benoit, le père (François Tassé) déraille la psychologie des deux et le fils (Eric Bernier) convoite Alice. La pièce joue sur les faiblesses, les envies, l’importance des choix et sur les désirs enfouis. Finalement, qui manipule qui? Que s’est-il passé? Alice s’en sortira-t-elle?

Une tempête du Plateau à Sept-Îles
Eve Cournoyer

Dans un Edgar que j’aurais cru plus rempli, quoiqu’il parait que plusieurs personnes sont parties, tannées d’attendre que ça commence, Eve Cournoyer s’est livrée sans flafla, dans tout son naturel et dans une formule épurée, accompagnée seulement de sa guitare. La poésie n’en est que plus belle, la voix n’est que plus douce, les mélodies sont plus fortes. Sincèrement, l’acoustique devrait être plus souvent dans l’univers musical de cette «do-it-yourself».

L’écoute était religieuse, comme le veut l’expression, et le moment était beau, intimiste. Sur le coup, j’ai imaginé d’autres artistes qui pourraient tous aussi bien tirer profit d’une telle ambiance, comme Dany Placard, Urbain Desbois, Avec pas d’casque ou Paul Cargnello. Si vous lisez ces lignes et que Sept-Îles vous tente, faites-moi signe.

Du souffle, des anches et des notes
Orkestre des Pas Perdus

Un des spectacles que j’attendais le plus depuis que je suis à Sept-Îles était celui de l’Orkestre des Pas Perdus. Cet ensemble de cuivres, et d’une batterie, allait assurément offrir de belles voltiges musicales. Mes croyances n’étaient pas farfelues: je n’ai pas vu le temps passé tellement j’ai aimé ça. Ce n’est pas une exagération, lorsque Claude St-Jean a annoncé la dernière chanson, j’ai vérifié l’heure tellement je croyais que ça ne faisait que trente minutes ils étaient sur scène. Pourtant, ils ont bel et bien joué 90 minutes (rappel compris).

Les huit musiciens ont livré plusieurs pièces du dernier album, Projet 9, mais également plusieurs nouvelles (ils ont d’ailleurs su le jour du spectacle que Musicaction leur offrait un financement – yé!) et d’autres plus anciennes encore. J’ai été transporté par le tuba, par les harmonies et par les petits solos. J’ai savouré les multiples influences que St-Jean incorpore dans ses compositions et j’ai bien aimé le naturel du chef d’orchestre: ses interventions sont parfois boiteuses, mais toujours honnêtes, et ça, j’aime ça.

Du bonbon.

Coeur de rocker
Pépé Goes Français

En voyant Pépé sur la scène de l’auditorium du Cégep de Sept-Îles, hier soir, j’avais l’impression de retrouver un vieux chum. Il faut dire qu’ai commencé à suivre son parcours assez tôt. Je ne peux même pas compter combien de fois je l’ai eu en entrevue et combien de fois je l’ai vu en prestation.

Il était là pour son spectacle Goes Français, mais à mon grand plaisir, il a aussi balancé quelques pièces de son cru, dont quelques vieilles comme Notre Paris, Y fait beau et L’alcool, sans oublier La mission, Les croûtes ou Toé tu l’as, au grand plaisir de la foule pour cette dernière. S’il ne réussit pas à me faire davantage apprécier les pièces comme Pour un flirt ou Salut les amoureux, j’apprécie ses versions de J’ai vu, Laisse tomber les filles et Manu Chao… même Coeur de rocker. Il aurait dû se mettre une Rita Mitsouko, dans cette poignée de reprises, d’ailleurs.

C’était aussi une foule en feu! Quelle ambiance! Le public le plus festif que j’ai vu depuis que je suis à Sept-Îles, encore plus que pour Misteur Valaire. Grâce aux chansons quétaines ou grâce à l’énergie de Pépé? Sûrement un bon mélange des deux. Justement, et honnêtement, j’ai bien hâte qu’il retourne à ses compositions. Heureusement, c’est ce qui s’enligne alors qu’il m’a dit être en pleine préproduction. Ouf!

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photo À présent: Marlène Gélineau-Payette
photo Orkestre des pas perdus: Michel Pinault
photo Pépé: Frederic Sune