«C’est un clown, mais c’est aussi tout un musicien!»

Un truc que j’aime bien à la fin d’un spectacle, c’est d’écouter en douce ce que les autres spectateurs racontent. Au-delà des habituels «c’était bon» et autres «j’ai tellement aimé ça là!», on peut y entendre des trucs très drôles. J’ai déjà entendu, au milieu d’une foule au Festival d’été, des messieurs parler du spectacle de Linkin Park. Pour eux, ces gars-là sont des Mozart de l’an 2000, des Edison de la musique. Avouez, il y a de quoi rire dans sa barbe un peu.

Ce que j’ai le plus entendu à la sortie de la prestation de Damien Robitaille, à la salle Jean-Marc-Dion de Sept-Îles, hier soir, c’est le mot «clown», ou des expressions voulant dire approximativement la même affaire. Sauf un couple de personnes âgées, que j’ai trouvé très charmant lorsque le monsieur a tenu à ajouter que c’était également tout un musicien, «il joue du piano et de la guitare, c’est vraiment impressionnant!». Sa femme a rapidement acquiescé.

Mais toutes ces personnes n’ont pas tout à fait tort, l’Ontarien d’origine est un sacré bouffon, tout de même. Ses blagues sont parfois douteuses, mais il trouve le tour de nous amuser quand même avec elles. Hier soir, il s’est même amusé à revisiter l’histoire de Sept-Îles, en disant que le nom ne provient pas des iles qui règnent dans la baie, mais bien d’une famille italienne, les Septilianos (ou quelque chose du genre) qui se sont établis ici au 16e siècle (et que Jacques Cartier, lui, aurait choisi Port-Cartier). Du grand n’importe quoi qui a quand même rire la foule.

Je tiens aussi à souligner ses nombreux clins d’œil à tout l’univers musical. Avec son personnage de crooner, il s’amuse énormément avec les clichés de la musique pop et du vedettariat et ça, ça m’amuse beaucoup.

Même si je ne vais pas voir Karkwa et Damien Robitaille pour les mêmes raisons, ce dernier fait aussi de la musique, comme l’a fait remarqué le spectateur anonyme cité plus haut, Et sa musique pop est quand même fait avec qualité. J’ai beaucoup aimé le formule « basse-clavier-batterie » (et parfois la guitare sur quelques pièces), une proposition qui est rarement proposée, mais qui n’offre pourtant aucun trou sonore et qui collait très bien à l’univers sucré du crooner. Mention d’honneur à ses trois musicien qui offrent une exécution impeccable – j’ai particulièrement apprécié la précision du batteur (Alexis Martin) et la groove du bassiste (Louis Lalancette).

Difficile de ne pas sourire avec Rouge-gorge, Porc-épic, Femme électrique, Besoin d’amour, Jésus nous a dit et ses autres chansons grivoises. J’offre un gros «high five» pour la version très rock de Sexy séparatiste (il m’a fallu le refrain pour la reconnaitre!).

Néanmoins, malgré que le spectacle ait été un très bon moment, je me permets un petit bémol. Le spectacle commence littéralement en force avec un Damien qui danse et se déhanche sur les deux ou trois premières pièces. Il nous balance quelques pièces bien dynamique, plusieurs blagues, mais un moment donné, il y a un creux. Je trouve le spectacle inégal. J’avais fait la même observation au Festival d’Été de Québec.

Peut-être faudrait-il égaliser cette énergie au lieu de tout lancer dès le début et d’y revenir en deuxième moitié, ou mettre moins de ballades une à la suite de l’autre. Je ne saurais pointer quoi exactement, mais il y a une certaine montagne russe.

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Ça bouge aussi dans l’Est

Lorsque je demeurais à Québec, je m’amusais à parcourir le Québec à coups de spectacles. C’était mon excuse pour visiter le pays. Et je ne parle pas de mes nombreux aller-retours à Montréal, là.

La première fois que j’ai fait ça, j’avais 13 ans et je découvrais alors la Beauce avec son Woodstock (c’était le 2e à l’époque et très modeste). Depuis, j’ai déjà été voir André et les Frères Goyette (plus d’une fois pour eux) à Trois-Rivières. J’ai été plusieurs fois à Tadoussac pour son festival ou pour la visite d’un Mononc’ Serge en plein juillet. J’ai été voir Polémil Bazar et Tomàs Jensen au Saguenay. J’aimais aller au Crapet soleil de l’Île-aux-Coudres (Charlevoix). J’ai sauté sur les occasions d’aller en Abitibi pour le FME. J’ai même déjà vu les Cowboys Fringants à Havre-Saint-Pierre (époque post-Motel Capri, malheureusement). Bref, je ne ferai pas la nomenclature complète, ça serait trop long, mais toutes les raisons (ou les spectacles) étaient bonnes.

Et puisque je suis parfois utopiste, je me dis que peut-être ce billet incitera les plus aventureux d’entre vous à faire pareil. Parce que oui, ça bouge sur la Côte-Nord. Et sincèrement, même si vous pouvez voir tous ces artistes dans votre métropole, un spectacle en région, c’est pas pareil.

Vous aurez compris que lorsque je parle de l’Est, je ne parle pas à l’Est de St-Laurent ici… même si c’est effectivement à l’est de la Main. Mais je ne parle pas de Hochelaga-Maisonneuve, ni de Pointe-aux-Trembles et encore moins de Trois-Rivières. Je parle d’un endroit plus loin que ça encore, plus loin que Québec et que Tadoussac. Sur les dépliants touristiques, on parle de Manicouagan et de Duplessis.

Plage Lévesque Sept-Îles

D’une part, à Port-Cartier, on y trouve l’une des plus belles salles du Québec: le Graffiti. Sincèrement, je la mets avec les Espace Félix-Leclerc (Île d’Orléans), Anglicane (Lévis), Petit Champlain (Québec) ou le Zaricot de St-Hyacinthe (même si c’est plus un bar qu’une salle de spectacle). Et il n’y a pas que tout le bois du Graffiti (et sa vue sur le fleuve large comme une mer) qui est digne de mention, sa programmation aussi vaut bien le détour.

Le Graffiti - Port-Cartier

Le Graffiti - Port-Cartier

Une de mes rares déceptions en déménageant à Sept-Îles est d’être arrivé une semaine après le passage de Bernard Adamus dans cette salle. C’est dire!

Au menu, cet automne (liste non exhaustive):
Gilles Vigneault le 5 octobre
Xavier Caféine le 8 octobre
Antoine Gratton le 30 octobre
Vincent Vallières le 18 novembre
Guy Nantel le 9 décembre.

Son menu gastronomique est également digne de mention. Je me souviens encore d’une délicieuse pizza au poulet et agrémenté de fromage de chèvre dégusté à cet endroit il y a un an.

Sinon, dans ma nouvelle ville, Sept-Îles, la grande Salle Jean-Marc-Dion nous offre aussi une belle programmation. Ça parait qu’il y a tout un homme derrière tout ça. Un ancien de Local/SOPREF, rien de moins!

Salle Jean-Marc-Dion - Sept-Îles

Salle Jean-Marc-Dion - Sept-Îles

Elle a moins de cachet que le Graffiti, évidemment, se rapprochant plus des grosses salles comme le Grand Théâtre ou Albert-Rousseau, mais elle demeure tout de même agréable.

Eux nous proposent (une liste toujours non exhaustive):
Damien Robitaille le 24 septembre
Gilles Vigneault le 6 octobre
Xavier Caféine le 7 octobre
Abraham Lincoln va au théâtre le 23 octobre
Les Grands Explorateurs – Australie le 27 octobre
Antoine Gratton le 28 octobre
Les Trois Accords le 6 novembre
Vincent Vallières le 17 novembre
Misteur Valaire le 18 novembre
À présent le 24 novembre
L’Orkestre des Pas Perdus le 2 décembre
Pépé Goes Français le 3 décembre

Cette même salle propose aussi à tous les lundis du cinéma un peu plus de répertoire que celui présenté au seul cinéma de Sept-Îles, comme Les amours imaginaires ou Trois temps après la mort d’Anna. Je n’ai pas non plus parlé des spectacles de danse et de tous les humoristes qui y passent (parce que t’sais, ils ont toujours des salles pleines déjà).

Et ce n’est pas tout, évidemment. Il y a des bars qui présentent également des spectacles, comme parfois le Edgar, d’où je vous écris ce billet. Il y une cellule Kino, qui présente d’ailleurs sa soirée automnale le 25 septembre prochain. D’autres tentent, selon les rumeurs, de mettre sur pied une ligue d’Impro. Bref, même s’il n’y a pas de disquaire dans la région, il y a de culture quand même.

Liens utiles:
http://www.spectacle-sept-iles.com
http://www.legraffiti.ca
http://www.trouvezvotreespace.com

Le frère de l’autre

Le blogue est pas mal tranquille depuis quelques semaines. Fin des vacances, déménagement, changement de boulot, etc. Tout ça explique pas mal pourquoi. Et là je ne reviens même pas avec un truc pertinent. Pour paraphraser McGilles: Oh que non!

Quelques jours avant que je ne quitte Fermont (car je suis maintenant à Sept-Îles depuis 2 semaines), à ma dernière participation à l’émission du retour à la maison de CFMF 103,1 FM avec mes ex-collègues Karl Gagné-Côté et Geneviève Richard, j’ai beaucoup rigolé lorsque la pièce Malheureux de Hugo Lapointe a joué sur les ondes.

« Chu malheureux, mais pas tout le temps » est la phrase clé de son refrain et, avouez, c’est de la haute voltige. Depuis, je rigole quand je l’entends à la radio, par hasard. En vérité, je rigole, mais pas tout le temps.

Hugo Lapointe et Eric Lapointe et une madame

Ce qui me fait surtout rigoler, en fait, c’est ce qu’on dit sur le petit Hugo Lapointe. Quand on a présenté la pièce en ondes, l’autre fois, on a évidemment fait allusion à son frère. En réalité, tout le monde fait toujours allusion à son frère. Il ne réussit pas à s’en démarquer, même s’il essaie de faire croire que oui. Checkez ça.

Regardez ce que disait Marie-Christine Blais, dans son article:

Le défi, quand il est question d’Hugo Lapointe, c’est bien sûr de ne pas parler de son frère Éric.

Ben kin!

Puis sur QuébecSpot.com (que je ne connais pas vraiment… mais google oui):

Avec ce nouvel album, impossible de dire « Hugo est le frère de… ». Oh que non!

Ah bon! C’est pour ça que tu ne le dis pas, justement!

Mais le plus cocasse est sur le site officiel d’Hugo Lapointe:

On imagine le frère d’Éric Lapointe rocker dans l’âme, passionnément intense et assurément rebelle… Et pourtant! L’univers d’Hugo Lapointe tranche par ses couleurs, qui n’ont rien d’un rock pur et mélancolique. Porté par des accords qui ont leur place au soleil, au détour du jazz, du swing, du folk, voire même du latino, le « frère de l’autre » s’immisce dans notre paysage musical en brandissant son zèle pour la fiesta et les rythmes qui ont du punch. Et là, comme les premières présentations sont faites, du grand frère on ne parle plus!

Combien de fois on y fait allusion ici (qui sont les premières lignes de sa biographie)? Trois fois! Pire, ça dit « et comme les présentations sont faites »!!

Il me semble que lorsque tu ressens le besoin de dire que tu t’affranchis de l’influence de X, c’est que tu ne l’es crissement pas. C’est quand la dernière fois qu’on a entendu « Laurence Leboeuf, la fille de Marcel Leboeuf », ou « Michael Douglas, le fils de Kirk Douglas », ou « Sophie Lorrain, la fille de Denise Filiatrault » ou bien « Miley Cirus, la fille de Billy Ray Cirus » (bon, ici c’était pas dur de battre l’auteur du Achy breaky dance qui serait un has been si ce n’était de sa fille)??

Je n’ai pas eu la chance de recevoir un communiqué de la gang derrière le frère d’Éric, mais je suis sûr que ça le marque dans le communiqué. Un truc du genre « Nouvel album de Hugo Lapointe, le frère d’Eric Lapointe », avec, plus loin, « et il a pu compter sur la participation de son frère, Eric Lapointe ».

Dans le fond, peut-être qu’il est son frère, mais pas tout le temps.

La France est not that bad

Tantôt, dans le présentoir de revues, il y en avait une que je ne connaissais pas. Une revue musicale, française, portant un nom trahissant bien ses origines: Rock One. Plusieurs trucs m’ont surpris (quoique…).

Je préviens immédiatement: je ne veux pas relancer le débat sur qui parle mieux français et sur qui a le plus d’anglicismes dans sa langue. Car je pense que tous deux avons nos propres défauts qui ne sont tout simplement pas aux mêmes endroits et qu’au final, le compte doit se ressembler pas mal.

Du moins dans le langage du quotidien, celui que le Québécois moyen parle et celui que le Français moyen parle. Toutefois, là où les Français me surprennent, c’est dans l’institutionnalisation de l’anglais.

Je trouve normal que des gens utilisent des expressions anglaises, que ce soit dans la syntaxe ou avec un mot. Jusque dans une certaine mesure, évidemment, mais je comprends parfaitement que ça se produise. Pour moi, la ligne se trace facilement: existe-t-il un équivalent français qui signifie exactement la même chose? Peut-on l’inventer? Sinon, alors utilisons l’expression anglaise. Bref, je ne suis pas un puriste.

Toujours est-il que dans cette revue, toutes les sections sont titrées avec des mots comme « News », « Tribute 2 You » ou « Most Wanted ». En voyant ça, je n’ai pu que repenser à « Tout est parfait », le film québécois, renommé « Everything is fine » en France.

Cette manie des institutions d’utiliser l’anglais à outrance et totalement inutilement me laisse pantois. Sérieusement, pouquoi?!

On a beaucoup d’anglicisme au Québec (oh que oui!), mais je suis content de voir qu’il est beaucoup plus rares dans nos institutions. Imaginez si le 7jours ou Star Inc avait ce genre de titrage? Ou que Richard Latendresse arriverait en ondes en disant: « Effectivement, Pierre, voici toute une breaking news! Nous venons d’apprendre… »

En passant, la revue Rock One, chose que je ne pouvais deviner à la simple couverture, vise surtout les ados, finalement. Pas totalement inintéressante, quand même quelques articles sympathiques, mais je ne suis pas tout à fait le public cible. J’aurais dû prendre le Rolling Stone!