« Vas-tu nous adopter, grosse vache? »

À la billeterie de Méduse, la sympathique et jolie commis nous invite à prendre une roche et d’aller à l’extérieur afin de monter l’escalier qui nous amène sur la Côte d’Abraham pour attendre le début du spectacle. « La pièce commence dehors » explique-t-elle avec un sourire, même si elle doit le répéter des dizaines de fois, cinq fois par semaine.

On est quelques dizaines de personnes à attendre sur la terrasse du Complexe Méduse, tout près de la Côte d’Abraham. Personne ne semble vraiment savoir comment cela va débuter. Puis à 19h02, voilà que débarquent, étonnement de nulle part (et de partout), des gens avec des costumes de docteur, de pompier ou de religieuse et qui s’agitent, en faisant des pas de danse volontairement un peu croche. Un homme masqué crie des mots inexistants. Puis ils nous invitent à les suivre vers la salle, en bas de l’escalier.

Serais-je déjà conquis par la mise en scène?

Ines Péré Inat Tendu par le Théâtre des Fonds de tiroirs

Le ton pour Ines Péré Inat Tendu, de Réjean Ducharme, est donné. L’oeuvre est cette fois-ci présentée par le Théâtre des Fonds de Tiroirs qui fait rarement comme tout le monde. Le metteur en scène, Frédéric Dubois, a choisi de ne pas maquiller la salle d’essai du complexe Méduse. « Le texte parle d’un enfermement. J’avais besoin d’un lieu qui faisait boîte, et un peu entrepôt. Je ne déguise pas la salle, je la prends à l’état brut. On verra les murs, les portes », disait-il en entrevue au Soleil. Un choix judicieux qui permet à la fois une proximité avec les comédiens et de donner beaucoup de place aux mots.

Ines Péré et Inat Tendu sont des jeunes enfants-adultes orphelins qui recherchent l’affection et l’adoption. Ils errent en espérant qu’un jour ils trouveront celui ou celle qui les attend depuis toujours et qui les reconnaitra. Ils se retrouvent chez une vétérinaire au profond mal de vivre, dans un asile dirigé par un docteur en manque d’affection, chez une religieuse à l’intelligence limitée puis chez un gentleman cambrioleur. Ils espèrent, ils s’affolent, ils charment et ils envoient promener.

Le verbe est à la fois cru et poétique, lyrique et vulgaire. Dans la même minute, Ines peut pleurer, rire, embrasser et repousser. Entre deux envolées poétiques se glissent des « grosse vache ». D’un côté on émeut et de l’autre on déroute. Entre les deux, on rit par un humour jaune, noir, absurde et burlesque.

Le grand bémol est surtout que cette intensité, que nous retrouvons chez Ines et à l’introduction de la pièce, s’essouffle. Les personnages de Pierre-Pierre Pierre et d’Aidez-moi sont un peu fades aux côtés de la soeur Saint-New-York-des-Ronds-d’Eau (Véronique Côté), d’Ines (Catherine Larochelle) et d’Inat (Steve Gagnon).

Certes, l’introduction à l’extérieur passe rapidement et sur le coup, je l’ai trouvé bien courte, mais au final, on comprend qu’elle donne une claque, comme la pièce frénétiquement chantée à l’entrée de la salle par les comédiens. Peut-être aurait-il fallu que cela guide toute la pièce, également, puisque ces coups ne portent par la suite que sur le texte, qui, malgré sa force, ne peut cogner de la même manière qu’une mise en scène qui, ici, s’efface de plus en plus.

Néanmoins, les deux heures passent rapidement sans qu’on ait le goût de regarder sa montre. Surtout, la pièce figure dans les rares pièces de théâtre que j’aurai appréciée. Quant à la roche prise au début, à vous de découvrir ce qu’on en fait.

La pièce est présentée à la salle d’essai du Complexe Méduse jusqu’au 14 août, du mardi au samedi, à 19h.

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