La patate chaude de la musique

Avez-vous vu la sortie de Bruno Pelletier? Au nom de l’Union des Artistes (UDA), il lance des appels: « Vite! Modifions la Loi sur le droit d’auteur et incluons les lecteurs numériques! »

Je paraphrase, vous devinerez, mais c’est quand même une bonne synthèse. Dans cet article de Rue Frontenac, c’est plus détaillé.

Celui qui chante qu’il « est venu le temps des cathédrales » mentionne, dans l’article, ceci: « Depuis 1997, le gouvernement verse des redevances aux ayants droit en regard de la copie privée quand celle-ci est faite sur des supports comme les cassettes vierges et les disques compacts vierges, poursuit Pelletier. Mais le gouvernement fait la sourde oreille pour des redevances touchant les nouveaux supports audionumériques comme les MP3 et les iPod. La loi existe. Ce qu’on veut, c’est l’amender et l’actualiser. Si on ne bouge pas, j’ai bien peur qu’il n’y en aura plus, de redevances, sur la copie privée. »

Sur le fond, je ne trouve pas qu’ils ont tort, lui et ses acolytes de l’UDA. Si la Loi couvre déjà les cassettes vierges, les CD-R/CD-RW, alors la logique veut que la Loi fasse une petite mise à jour afin d’inclure les nouveaux supports numériques. Même si je trouve que l’informatique complique beaucoup la délimitation de ce qui peut être inclus dans la loi.

Le iPod et autres Zune sont créés principalement pour la lecture de MP3. Que fait-on des clés USB qui peuvent stocker des MP3? Des cellulaires? Du iPhone? J’accepte de régler le cas facilement pour les lecteurs de type iPod même s’ils peuvent faire autre chose que lire du MP3 car le CD vierge pouvait lui aussi contenir autre chose que de la musique. Pour les autres, il faudrait me convaincre.

Toutefois, si je comprends la logique derrière la réclamation, ce n’est pas ça qui va régler la chicane entre les créateurs, les droits d’auteur, le téléchargement et les fichiers numériques. Oh que non!

De toute façon, les grandes compagnies ne semblent pas savoir quoi faire avec ça tout court.

Avez-vous vu la sortie de Golden Bombay de Misteur Valaire? Allons, si vous suivez le moindrement les Internets et la musique, c’est sûr que vous l’avez vu passer. L’offensive a été forte, lancée par eux et relayée avec de l’agrément par leurs fans.

Un bon disque, soit dit en passant. Toute leur folie, leur couleur, leur saveur, mais en plus pop, en plus accessible.

La plupart d’entre vous savent que le groupe a présenté gratuitement (et le vend encore tout aussi cher) son premier album, Friterday Night, sur leur site Internet.

Ils l’ont aussi sorti en magasin et sur iTunes. Bien des mois après avoir commencé à le donner sur leur site. Ils en ont vendu! Des centaines en plus. Et ce, même s’il a été téléchargé 40 000 fois sur leur page.

Pour mettre en perspective, quand un artiste, au Québec, vend 10 000 albums, c’est un succès. Il peut espérer avec raison – et s’il le veut – faire la une du 7jours.

Bien des artistes aimeraient savoir que 40 000 et quelques centaines possèdent leur musique. D’autant plus que ça été fait sans publicité majeure. Le bouche à oreilles a été probablement le plus fort moteur, avec leur présence dans des festivals, la qualité de leur prestation, leurs entrevues dans les radios étudiantes et communautaires ou à Bande à part. En gros, la machine de Production J n’était pas là pour eux.

Le résultat est que même s’ils sont moins connus dans la population en général qu’un candidat X de Star Académie, leur musique est plus écoutée, au bout du compte.

Plus encore, grâce à la vente de billets de spectacles, à de la marchandise et autres entrées d’argent, ils gagnent peut-être mieux leur vie grâce à leur musique que certains de ces artistes soutenus par une grosse machine.

Voici le comment du pourquoi, expliqué par leur gérant et grand promoteur de la musique gratuite, Guillaume Déziel, dans un billet nommé MP3 contre courriel (dont je recommande le billet complet et même le blogue en général malheureusement pas mis souvent à jour):

Renonçant à la majeure partie des revenus traditionnels liés à la vente de la musique, le groupe auto-produit concentre ses activités à vendre ce qui ne se copie pas, c’est à dire les produits et services sur lesquels il a du contrôle.
[…]
Lorsque MV donne 100 albums en ligne, il vend 8,1 copies à la table des produits dérivés et 1,9 copie en magasin. MV a vendu 756 copies de son album Friterday Night physique en magasin entre le 10 mars et le 31 décembre 2009, ce malgré le fait que l’album n’ait été mis en magasin que 18 mois après son lancement en septembre 2007. Depuis mars 2009, Friterday Night génère en moyenne 17,2 ventes en magasin par semaine, soit plus de 2 ans après le lancement. Cela représente une moyenne hebdomadaire impressionnante tenant compte du fait que l’album est donné en ligne; Friterday Night vend plus en magasin que beaucoup d’autres titres (exclusivement vendus et non donnés), selon les dires de plusieurs professionnels de la distribution physique issus de toutes allégeances.
[…]
Entre temps, le don de sa musique a stimulé une telle demande pour MV qu’il réussi à remplir le Club Soda à 23 $ le billet, en offrant une expérience ultime ornée d’éclairages et de projections délirantes. En outre, plus de 300 personnes attendaient impatiemment l’arrivée de MV à Paris; leur première de spectacle au Batofar s’est faite à guichet fermé. Vraisemblablement, on ne peut copier le spectacle de MV, parce que seul MV peut faire un spectacle de MV.

Même Michelle Blanc vante leur tactique sur son blogue, entrevue avec Guillaume Déziel en prime.

Pour leur nouvel album, Misteur Valaire le présente en magasin et propose le téléchargement sur leur site contre un montant discrétionnaire. On peut donner 0$, 5$, 10$, 25$, c’est vous qui décidez.

Ce que fait Misteur Valaire n’est pas unique. On n’a qu’à penser à Radiohead qui a fait la même chose et qui aurait fait au minimum un million, selon des estimations (téléchargé 1,2 million de fois à un prix moyen de 1 £ peut-on lire sur Wikipédia).

Plusieurs artistes émergents offrent gratuitement ce qu’ils produisent, sachant très bien que sinon, ils ne se feront pas connaitre. C’est une carte de visite très efficace.

///

Est-ce la méthode du futur? Il faudrait le voir à plus grande échelle pour mieux l’analyser et faire des projections.

Toutefois, cette méthode me semble beaucoup mieux épouser la réalité des nouvelles technologies que les campagnes anti-téléchargement, les messages de culpabilisation et les calculs farfelus voulant qu’un téléchargement signifie automatiquement une vente de moins!

Une chose est sure: j’applaudis ce genre d’initiative. J’ai donc payé le même prix que j’aurais payé en magasin ma copie de Golden Bombay.

En bonus, je vous invite vers ce blogue, dont le nom dit tout: donnetamusique.com

Mise à jour
Guillaume Déziel a publié un nouveau billet avec des chiffres sur la vente du nouvel album de Misteur Valaire. En moyenne, les gens paient 3$, en enlevant ceux qui n’ont rien donné, la moyenne grimpe à 7$.

Autre point marquant, les montants 5$ et 10$ sont des chiffres magiques gagnants; il représentent à eux deux 30% des montants choisis, alors que 0$ a été privilégié par 50,2% des fans. Seulement 5% des gens croient que la musique de Misteur Valaire vaut plus de 10 $, alors que 1% ont préféré offrir un montant allant de 20$ à 30$ (ce dernier étant le montant plafond à ce jour).

* Photo de Misteur Valaire provient du Voir

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