Quand les boussoles pointent Montréal

Décidément, les médias se donnent le mot. La montréalisation n’est pas nouvelle, le mouvement est entamé depuis plusieurs années et se continue à un certain rythme. Mais tout d’un coup, plusieurs mouvements ont porté la centralisation un peu plus loin.

Dernièrement, on a Corus qui a décidé d’imposer son émission du matin montréalaise à l’Outaouais, la Mauricie, l’Estrie et le Saguenay. Mais Paul Arcand est sûr de ne pas imposer la métropole aux autres régions: « Les gens de l’Estrie n’ont pas à s’inquiéter, on ne va pas leur servir des rapports de circulation pour donner l’état du pont Champlain. Il n’est pas question de montréaliser les ondes. »

Il est vrai qu’une aberration souvent vécue par la montréalisation est cette information totalement impertinente sur Montréal pour les gens ailleurs, comme le trafic ou la météo. Mais, Paul, c’est plus que ça aussi!

Vos sujets, ils vont demeurer montréalais. Pensez-vous vraiment que le citoyen de Saguenay en a tant que ça à foutre du maire Gérald Tremblay? Des problèmes de Montréal dont vous allez discuter et débattre? Vous ne parlez pas toujours d’actualités provinciales! Quand allez-vous parler des enjeux de Gatineau? De Sherbrooke? Allez-vous le faire? Sinon, bien ça sera de la montréalisation. Je ne veux pas accuser dans le vide, j’avoue ne pas avoir tout vérifier dans ce dossier et peut-être qu’il est prévu d’avoir des bulletins d’informations locales pour les régions, ce qui, oui, diminuera la montréalisation. Mais elle sera là quand même. Désolé de te contredire, Paul.

La FPJQ pense d’ailleurs comme moi. « Bien que les auditeurs continueront d’entendre leurs animateurs locaux, dans une autre case horaire, les auditeurs de l’Estrie, de l’Outaouais, de la Mauricie et du Saguenay seront privés d’un contenu local à une heure de grande écoute le matin. Aussi rigoureuse soit-elle, l’émission Puisqu’il faut se lever, animée par Paul Arcand, ne peut remplacer ce contenu régional désormais perdu. Les enjeux et préoccupations régionales ne seront pas aussi bien reflétés dans une émission produite à partir de Montréal. » Voilà, les sujets ne toucheront plus les auditeurs directement, puisque la production ne sera pas locale.

C’est d’autant plus triste que cela vient d’un des grands réseaux. Mais ceci m’apparaît moins hypocrite que Quebecor, malgré tout.

Le 23 février dernier, celui que l’on nomme l’Empire était fier d’annoncer qu’il entamait, deux jours plus tard, la publication de deux nouveaux journaux pour la banlieue nord de Montréal, soit Laval et une partie des Basses-Laurentides (Rosemère, Boisbriand, Sainte-Thérèse). On lance, avec ballounes et confettis, la création de 23 emplois pour les deux journaux (parce que c’est ça le nouveau modèle de Quebecor, le moins de personnel possible pour le plus de journaux possible).

Oui, bonne nouvelle pour ce petit coin. Mais là où j’accroche, c’est que ce « fleuron » québécois se targue de faire de la nouvelle régionale avec ça. Ben oui, Laval est rendu régional! La banlieue de Montréal est devenue une région. Avec cette vision, je pense que St-Hyacinthe sera bientôt région éloignée.

Mais ce n’est pas le choix des mots qui dérangent, mais que d’un côté, Quebecor dit « croit fermement à l’avenir de l’information locale » alors qu’ils viennent de faire d’immenses coupures en région (des vraies). Le Réveil de Saguenay passait de 23 à 5 employés et le Plein jour de Baie-Comeau se retrouvera bientôt qu’avec 2 employés, après que le montage et l’administration aient complètement été transférés à Montréal et Québec. C’est ça, croire à l’information locale et vouloir faire de la nouvelle régionale?

Ce ne sont pas les premières coupures de l’Empire. Ils annoncent tout pimpant que les journaux seront imprimés à Mirabel, pour montrer qu’ils sont présents en région, alors qu’ils ont fermé depuis 2 ans les imprimeries de Saguenay, Sept-Îles et récemment de Rimouski. Les journaux régionaux de ces coins de pays doivent maintenant passer par Québec. Mais Quebecor est encore en région, ils sont à Mirabel, la lointaine!

Certaines personnes sur la Côte-Nord croient que ce n’est qu’une question de temps avant que ce ne soit que les mêmes 3-4 journalistes qui rempliront les trois journaux nord-côtiers. Que veulent-ils exactement faire avec leur agence QMI, d’ailleurs, si ce n’est d’avoir moins de journalistes affectés à des journaux précis? Ils ouvrent les contrats pour que leur production puisse être reprise partout. Ainsi, le texte sur un évènement écrit dans Le Réveil se retrouvera dans le Journal de Montréal sans avoir à payer un correspondant à Saguenay et ainsi de suite. Cela va plus loin que la simple publication sur canoë.

Et là-dedans, le Journal de Montréal atteint 400 jours de lock-out sans que le public chigne. Le journal se vend encore bien et Quebecor démontre que le public se fiche, finalement, des journalistes.

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