Quand les boussoles pointent Montréal

Décidément, les médias se donnent le mot. La montréalisation n’est pas nouvelle, le mouvement est entamé depuis plusieurs années et se continue à un certain rythme. Mais tout d’un coup, plusieurs mouvements ont porté la centralisation un peu plus loin.

Dernièrement, on a Corus qui a décidé d’imposer son émission du matin montréalaise à l’Outaouais, la Mauricie, l’Estrie et le Saguenay. Mais Paul Arcand est sûr de ne pas imposer la métropole aux autres régions: « Les gens de l’Estrie n’ont pas à s’inquiéter, on ne va pas leur servir des rapports de circulation pour donner l’état du pont Champlain. Il n’est pas question de montréaliser les ondes. »

Il est vrai qu’une aberration souvent vécue par la montréalisation est cette information totalement impertinente sur Montréal pour les gens ailleurs, comme le trafic ou la météo. Mais, Paul, c’est plus que ça aussi!

Vos sujets, ils vont demeurer montréalais. Pensez-vous vraiment que le citoyen de Saguenay en a tant que ça à foutre du maire Gérald Tremblay? Des problèmes de Montréal dont vous allez discuter et débattre? Vous ne parlez pas toujours d’actualités provinciales! Quand allez-vous parler des enjeux de Gatineau? De Sherbrooke? Allez-vous le faire? Sinon, bien ça sera de la montréalisation. Je ne veux pas accuser dans le vide, j’avoue ne pas avoir tout vérifier dans ce dossier et peut-être qu’il est prévu d’avoir des bulletins d’informations locales pour les régions, ce qui, oui, diminuera la montréalisation. Mais elle sera là quand même. Désolé de te contredire, Paul.

La FPJQ pense d’ailleurs comme moi. « Bien que les auditeurs continueront d’entendre leurs animateurs locaux, dans une autre case horaire, les auditeurs de l’Estrie, de l’Outaouais, de la Mauricie et du Saguenay seront privés d’un contenu local à une heure de grande écoute le matin. Aussi rigoureuse soit-elle, l’émission Puisqu’il faut se lever, animée par Paul Arcand, ne peut remplacer ce contenu régional désormais perdu. Les enjeux et préoccupations régionales ne seront pas aussi bien reflétés dans une émission produite à partir de Montréal. » Voilà, les sujets ne toucheront plus les auditeurs directement, puisque la production ne sera pas locale.

C’est d’autant plus triste que cela vient d’un des grands réseaux. Mais ceci m’apparaît moins hypocrite que Quebecor, malgré tout.

Le 23 février dernier, celui que l’on nomme l’Empire était fier d’annoncer qu’il entamait, deux jours plus tard, la publication de deux nouveaux journaux pour la banlieue nord de Montréal, soit Laval et une partie des Basses-Laurentides (Rosemère, Boisbriand, Sainte-Thérèse). On lance, avec ballounes et confettis, la création de 23 emplois pour les deux journaux (parce que c’est ça le nouveau modèle de Quebecor, le moins de personnel possible pour le plus de journaux possible).

Oui, bonne nouvelle pour ce petit coin. Mais là où j’accroche, c’est que ce « fleuron » québécois se targue de faire de la nouvelle régionale avec ça. Ben oui, Laval est rendu régional! La banlieue de Montréal est devenue une région. Avec cette vision, je pense que St-Hyacinthe sera bientôt région éloignée.

Mais ce n’est pas le choix des mots qui dérangent, mais que d’un côté, Quebecor dit « croit fermement à l’avenir de l’information locale » alors qu’ils viennent de faire d’immenses coupures en région (des vraies). Le Réveil de Saguenay passait de 23 à 5 employés et le Plein jour de Baie-Comeau se retrouvera bientôt qu’avec 2 employés, après que le montage et l’administration aient complètement été transférés à Montréal et Québec. C’est ça, croire à l’information locale et vouloir faire de la nouvelle régionale?

Ce ne sont pas les premières coupures de l’Empire. Ils annoncent tout pimpant que les journaux seront imprimés à Mirabel, pour montrer qu’ils sont présents en région, alors qu’ils ont fermé depuis 2 ans les imprimeries de Saguenay, Sept-Îles et récemment de Rimouski. Les journaux régionaux de ces coins de pays doivent maintenant passer par Québec. Mais Quebecor est encore en région, ils sont à Mirabel, la lointaine!

Certaines personnes sur la Côte-Nord croient que ce n’est qu’une question de temps avant que ce ne soit que les mêmes 3-4 journalistes qui rempliront les trois journaux nord-côtiers. Que veulent-ils exactement faire avec leur agence QMI, d’ailleurs, si ce n’est d’avoir moins de journalistes affectés à des journaux précis? Ils ouvrent les contrats pour que leur production puisse être reprise partout. Ainsi, le texte sur un évènement écrit dans Le Réveil se retrouvera dans le Journal de Montréal sans avoir à payer un correspondant à Saguenay et ainsi de suite. Cela va plus loin que la simple publication sur canoë.

Et là-dedans, le Journal de Montréal atteint 400 jours de lock-out sans que le public chigne. Le journal se vend encore bien et Quebecor démontre que le public se fiche, finalement, des journalistes.

Publicités

Mea culpa, p’tit oiseau bleu

Quand j’étais en quatrième année, il y a eu un nouveau dans ma classe. Un petit gars de Sept-Îles qui était hyperactif sur les bords, mais le ritalin n’était pas encore à la mode en 1990. N’ayons pas peur des mots, il était un peu rejet au début.

Normalement, je marchais le kilomètre qui séparait la maison (bien, le logement) et l’école. Mais un jour, ma mère a voulu venir me chercher, mais j’étais déjà parti niaiser avec des amis ailleurs que dans la cour d’école. Le hasard a voulu que ma mère ait questionné ce petit nouveau, s’il m’avait vu. Apprenant mon départ, elle lui a offert un lift, vu qu’on était voisins, apparemment.

Ce jour-là, en débarquant chez moi, une surprise m’attendait: le petit rejet était là, sur le divan, à écouter Kim & Clip! Je lance un regard signifiant « mais qu’est-ce qu’il fait là ce con m’man? Quossé t’as faite bordel? » Le pauvre faisait pitié, selon elle: il n’avait pas d’ami. Elle l’avait su sur le chemin, dans l’auto. Un peu malgré moi, je le traîne dans ma chambre pour qu’on joue à quelque chose…

Grâce à ça, j’ai eu une des plus grandes leçons de la vie: ne pas avoir de préjugés. Ce petit énervé m’a fait rire comme j’avais encore rarement ri et est devenu mon meilleur ami jusqu’en deuxième secondaire. Depuis ce jour-là, j’applique ce principe: jette tes préjugés à la poubelle mon vieux.

Pourtant, là, vingt ans plus tard, je me suis refait avoir. Des préjugés s’étaient installés. Pas contre quelqu’un, mais contre un gadget, une patente informatique, un virus social, ou presque. Twitter, je te dois un mea culpa. Tu n’es pas aussi con et inutile que je pensais. Petit retour en arrière.

Le virus du millénaire
Je considère que la première pandémie du nouveau siècle n’est pas la grippe A(H1N1), mais bien les réseaux sociaux, le premier gros monstre étant réellement MySpace. J’avais résisté longtemps à ça. Si je trouvais ça pratique pour les groupes, je me demandais bien pourquoi monsieur et madame tout le monde devait l’avoir. Surtout pour moi, qui avais déjà un site web perso depuis des années. MySpace n’allait rien m’apporter de plus.

Je l’ai pourtant essayé. Mais ça n’a pas duré. Je me demande si je suis retourné plus de trois fois dans mon compte. Dès lors, mon blasage envers ce qu’on appelle les réseaux sociaux n’a cessé d’augmenter. Où était la révolution? Que n’importe quel moron puisse avoir sa page web pour rien?! Wouaw!

J’ai pensé et je pense encore la même chose de Facebook. On a déjà les courriels, msn, skype, le téléphone, le courrier, et j’en oublie sûrement quelques-uns, pour garder contact avec les gens… Personnellement, je ne vois pas qu’est-ce Facebook pourrait m’apporter de plus, sauf une perte de temps. Mais le boulot a fait que j’ai dû y aller quelques fois et ça m’a confirmé que Facebook me dégoûte. Ark.

L’argument du contact à portée de clic ne fonctionnant pas sur moi, quel avantage pourrait alors avoir Facebook pour moi? L’autopromotion? Je déteste. Être enseveli de promo? Je préfère le bon vieux mailing list. S’il faut m’inscrire sur un réseau social pour qu’une entreprise ou label me joigne, je suis bien désolé pour eux-mêmes d’être si peu proactifs.

J’étais vraiment surpris au début que ce site ait diablement pogné. J’ai depuis longtemps cessé de compter le nombre d’invitations refusées et les discussions où j’ai dû défendre mon refus de m’inscrire là-dessus. Pourtant, c’est simple: j’n’en ai rien à foutre! Il n’y a rien qui m’intéresse là-dedans!

Pis le p’tit oiseau bleu, là-dedans?
Toutefois, je dois faire un mea culpa. Mes préjugés envers Twitter n’étaient pas tous fondés. Je pensais que le terme « microblogging » était surfait. Les quelques personnes que j’avais vu utiliser ce gadget informatique m’avaient montré des exemples aussi insipides que les statuts visibles sur Facebook.

Certaines craintes sont belles et bien présentes: oui, beaucoup d’autopromo. Mais elle n’est pas aussi envahissante que je le craignais. Vu que les tweets défilent tout de même rapidement, l’autopromo passe vite et vu la petitesse du message, c’est davantage informatif que masturbatoire. J’avais aussi peur que le monde ne poste que des messages à l’opposé de l’intérêt public, comme « Après ce gâteau, ce verre de lait est délicieux » et c’est pas si mal, finalement, mais je pense que c’est simplement car j’ai bien choisi ceux que je suis. J’avais peur aussi que ça ressemble trop à du chat, et ça l’est parfois. Surtout durant les épreuves olympiques, tabarnak que le monde poste trop souvent leurs impressions après chaque performance, chaque but, etc.

Toutefois, je dois reconnaitre certaines forces. En s’abonnant à ceux de La Presse, Le Devoir, Le Soleil, CNW, etc., on ne peut avoir des excuses de ne pas être au courant de plusieurs événements d’actualité. On est aussi rapidement au courant des mises à jour d’autres sites dignes d’attention, blogues et compagnie. Et ça, c’est pas pire pentoute. C’est comme un immense fil de presse. Certains sont également très divertissants à lire.

Et moi-même, si je veux partager un truc sans pour autant bloguer là-dessus, twitter est une bonne alternative. Je l’admets (et ça fait probablement aussi mal à mon égo de le dire que la couronne d’épines que portait Jesus). Toutefois, je ne peux me considérer encore comme un twitter d’intérêt… je débute, je tâte encore les rebords.

Je ne crois pas un jour avoir le goût de me foutre du Twitter direct « dins veines » (dixit Barney et la bière Duff), mais contrairement à mes préjugés, je peux comprendre l’engouement et je pense bien y demeurer branché.

Curieux buzz pareil
Néanmoins, le phénomène m’intrigue, médiatiquement et sociologiquement. C’est rendu que ces réseaux alimentent des nouvelles. C’est un peu dingue. Dans l’absolu, ces sites demeurent des gros insides. La majorité du monde n’est pas branché et la majorité des gens sur Internet ne sont pas sur ces sites, malgré ce que les gens là-dessus pensent. Il ne faut pas croire que les sept millions de Québécois s’amusent sur ça tous les jours!

Maintenant, on se plogue?
Mon twitter: twitter.com/MickaelBrun (LaBarbe était déjà pris!?!?)
De BangBang (alias Simon J, le dieu du web): twitter.com/BangBangBlog
De André Péloquin (le rédac’ en chef et podmoderniste): twitter.com/andredesorel
Il y a évidemment plein d’autres collaborateurs du BangBang là dessus, on dirait bien, mais ça serait long faire la liste. Laissons-les se plugger eux-mêmes.

L’art de flamber de l’argent

Le nouveau clip de Make the girl dance, les mêmes qui ont fait le clip des filles marchant toutes nues dans une rue de ce qui semble être Paris ou autre ville européenne.

Le concept? « Que feriez-vous s’il vous restait que 8 jours à vivre avec 30 000$? – voici ce que Make the girl dance ferait »

Ce qu’ils vont faire est facile à deviner: party, défonce, sexe, party, drogue, sexe, party. Rien d’original. On le visionne par icitte.

Le site où je suis tombé dessus, Coup de pubs (normalement ils causent de publicités), y vont de ces commentaires:

Bon, on est bien obligés de reconnaître que ça marche. Stratégiquement, c’est même un très beau coup. Ça va tourner, être repris, contesté, adoré, détesté, on va en parler, la preuve. Mais créativement, c’est très mauvais (on ne parle pas de la musique, mais bien du clip en lui-même et de ce qu’on y voit). Et moralement, c’est à gerber.

[…]

Se filmer en train de claquer 30 000$ pour faire les premières conneries qui leur passent par la tête, en tentant de justifier ça par « que feriez-vous s’il vous restait 8 jours à vivre », c’est déjà pas top. Si en plus il n’y a aucune démarche artistique là dedans, ça devient minable.

On va pas vous la faire genre « ils auraient mieux fait de filer tout le fric à des bonnes oeuvres », on n’est pas si naïfs. Mais bon avec 30 000$ de budget, un bon réal et de bonnes idées, il y avait possibilité de faire quelque chose. Et pas…cette « chose », là. […]

On espère sincèrement pour eux qu’ils sont un peu abrutis sur les bords et qu’ils se sont fait souffler cette idée par un producteur sans scrupule, qu’ils n’ont pas osé dire « non ». Parce que si jamais l’idée vient d’eux, là, il va sérieusement falloir songer à consulter.

Je suis en partie d’accord avec eux. Ça aurait pu être mieux. Mais c’est efficace et je ne doute pas du succès du clip non plus. Je trouve l’autre clip mieux fait, malgré l’idée peu originale. Mais bon, dans le fond, si leur trip c’est de se payer des danseuses, de la coke et de péter une guitare… ben coudonc!

Toutefois, je ne suis pas d’accord avec eux sur un point surtout: je crois que l’idée vient d’eux. Imaginez-vous une meilleure façon de se trouver 30 000$ à flamber en une semaine sans s’endetter??

Je les imagine très bien arriver à leur maison de disque ou gérant, qu’importe, et dire: « On a une superbe idée pour le prochain clip, encore dans la provoc’, héhéhé, bref, tout ce que ça va prendre, dude, c’est 30 000$ et une caméra. On va se filmer nous-mêmes! »

Ceci dit, côté provoc’, il m’en aurait fallu beaucoup plus pour me choquer, mais j’ai aucun doute que plusieurs madames de 45 ans le seront. Et c’est pour ça que le clip me déçoit, je pense. Il ne me choque pas et il ne me divertit pas réellement non plus.

Lorsqu’on sait combien peut coûter un clip, c’est une aubaine et un trip facile pour eux! Si on prend le clip comme outil promotionnel seulement (et non un court métrage), on peut dire qu’ils ont parfaitement saisi le ratio coût/faire parler. Leur clip sont hyper minimalistes et économiques et font parler.

On demeure quand même loin des clips de Michel Gondry

Scoop: essence du journalisme?

Le Trente été 2009

Dans Le Trente de juillet-août 2009 (le magazine des journalistes sur le journalisme, publié par la FPJQ), on a énormément parlé des scoops. On y avance même que le salut du journalisme passe en partie par ces exclusivités (« Ne cherchons pas midi à quatorze heures, la solution pour sauver la presse est simple, c’est le scoop », Steve Proulx dans son édito). Vraiment?!

C’est le genre de sujet qui m’interpelle : je fais ce métier et j’ai même débuté un certificat en analyse des médias. L’envers du décor médiatique me fait triper, je l’avoue. Pourtant, quand j’entends certains parler des grandes théories derrière le journalisme, je ne me sens pas concerné, je ne me reconnais pas. Je n’ai pas étudié en journalisme non plus, j’y suis arrivé un peu par hasard. Serais-je un imposteur?

Toujours est-il que je ne suis pas d’accord avec une bonne partie des commentaires lus dans les articles sur ce sujet.

En gros, l’essence d’un journaliste reviendrait au scoop. Sans scoop, pas de journaliste.

Scoop: terme professionnel du journalisme, qui vient du nom de l’agence de presse SCOOP (Société coopérative) désignant une information importante et exclusive vis-à-vis de la concurrence.

Quand je lis ça, je n’ai pas l’impression que ceci colle vraiment encore au modèle médiatique actuel. Un scoop ne dure plus très longtemps. Il est repris dans la même journée sur les plateformes Internet, à la radio, à la télévision. L’exclusivité dure peut-être une douzaine d’heures s’ils sont chanceux, au grand maximum, dans de rares cas, 24h peut-être.

D’accord, la nouvelle qui est twittée en quelques minutes un peu partout attirera plusieurs clics dans les premiers instants, mais rapidement, la nouvelle sera reprise partout.

Prenons un exemple récent: les enveloppes brunes dans la construction. Enquête de Radio-Canada a sorti des bibittes, F. de Pierrebourg de RueFrontenac.ca en a sorti une plus précise sur Labonté. Pourtant, en moins de 24h, tous les gros médias en parlaient et la majorité des gens n’ont pas été mis au courant par l’émission d’Alain Gravel ou par le site des lockoutés. Je suis sûr que la plupart ne savent même pas d’où ça vient!

Pourtant, de plus en plus les médias affichent lorsque c’est « EXCLUSIF ». Ils s’en pètent les bretelles. Est-ce vraiment encore nécessaire, cette course à l’exclusivité? Et étrangement, ils ne citent que peu souvent les sources des nouvelles trouvées ailleurs et reprises. Donc, on pousse un exclusif que les diffuseurs ne respectent même pas entre eux!

Notons que je cause des médias généralistes, comme les quotidiens, la radio et les chaînes de télévision. Je crois sincèrement que la clientèle choisit davantage son média selon le traitement de la nouvelle que grâce à ses exclusivités – qui seront repris par les autres dans les heures qui suivent, donc le client n’y perd pas grand-chose au bout du compte.

Il veut quoi le public?
Le téléspectateur qui écoute Pierre Bruneau ne le fait pas grâce à ces « exclusivités », mais parce qu’il aime la façon dont TVA traite les nouvelles et n’aime habituellement pas la façon de faire radio-canadienne, et vice-versa. Idem pour le lecteur de La Presse versus Le Devoir ou Le Journal de Montréal.

Les seules réelles « exclusivités » qui fonctionnent, selon moi, sont la présence des différents chroniqueurs ou journalistes. Lagacé/Pratte/Foglia à La Presse, Martineau/Poirier à TVA, etc. De plus en plus, les journalistes deviennent des produits eux-mêmes, des vedettes. Quelques médias que je ne nommerai pas visent de plus en plus le commentaire au lieu du traitement, d’ailleurs.

C’est quoi le journalisme?
Cela dit, il en faut des enquêtes qui débouchent sur ces exclusivités! Là, je suis d’accord que le journaliste doit fouiller et décrotter des coins sombres que l’on voudrait cacher. C’est bel et bien le boulot d’une partie des journalistes, ou une partie de leur boulot. Mais ce n’est pas que cela!

Ce n’est pas non plus du remâchage de communiqués, comme le dit Steve Proulx: « désormais, on leur demande de prendre des contenus existants et de les éditer, de les retravailler, de les couper, de les hyperlier, de les réemballer. […] Le journalisme, ce n’est pas ça. Ça, c’est du traitement de données. » Effectivement, c’est peut-être de la rédaction, mais ce n’est pas du journalisme.

Sur ce point, je suis d’accord avec l’ex-rédacteur en chef du Trente: le journalisme va devoir se redéfinir avec le web et qu’une partie de sa survie passe par les primeurs. Dans le sens que le journalisme devra effectivement en offrir plus que ce que monsieur-madame-tout-le-monde peuvent trouver et publier eux-mêmes. Mais ce plus ne s’arrête pas qu’aux scoops. En fait, c’est précisément là que je ne suis pas d’accord: ce n’est pas l’unique solution. Cela passe également par la spécialisation et, paradoxalement, par la multidiscipline.

La loi du BBM
En fait, pour que le journaliste survive, il faut que son employeur survive. Si celui-ci ne souhaite plus financer la recherche et le traitement de la nouvelle et plutôt passer par de la republication de communiqués et autres trucs prêts à emporter, pourquoi voudrait-il financer l’enquête et le scoop? Et j’en reviens à ce que je disais plus haut: le lecteur/auditeur/téléspectateur semble davantage chercher un traitement que l’exclusivité.

Il écoute Sylvain Bouchard parce qu’il aime l’entendre chialer contre la « gaugauche », il aime lire le Devoir parce qu’il n’a pas l’impression d’être pris pour un con, il écoute TVA parce qu’il aime être abruti ne pas avoir à se casser la tête, pas parce que TVA a été le premier à parler d’une fuite au Parti Libéral!

À bien y penser, la moitié de mes textes dans mon journal régional pourraient avoir la mention « EXCLUSIF! », puisque personne d’autre n’en parle, de toute façon.

Et si les Olympiques étaient à Québec?

On le sait tous, Régis Labeaume, Marcel Aubut, Jacques Tanguay, Bonhomme Carnaval, bref, le haut gratin de Québec rêve d’amener les Jeux Olympiques dans la Vieille Capitale. Il parait qu’ils visent 2022. Dire qu’à l’époque, je me disais que Québec 2002, ça aurait été loin…

En lisant les différents commentaires sur les actuels Jeux de Vancouver, je commence à être sceptique pour Québec 2022. Et je ne parle même pas du manque de montagnes.

Premièrement, les Jeux olympiques sont une énorme propagande patriotique. Canada Go par-ci, Canada Believe par-là… Ça se ferait assez mal accepté par les souverainistes. Ils réclameraient leur Allez Québec et autres Vas-y Québec.

Imaginez, la Capitale Nationale serait inondée par les feuilles d’érables. Avez-vous beaucoup de logo de la Colombie-Britannique, vous? Cette invasion ne passerait pas au Québec! Les Patriotes ressortiraient de la terre!

Mais si Québec se la joue trop patriotique, alors le ROC et le fédéral seront furieux.

Quant au bilinguisme. Imaginez la chicane! Les anglophones trouveraient qu’il manquerait d’anglais. Et je suis sûr que le RRQ exigerait des Jeux 100% francophones, parce que le Québec l’est que les Jeux, en théorie, le sont également.

Plus terre à terre: quels artistes avons-nous ayant une réelle réputation internationale? Bon, j’imagine bien une présence du Crique du Soleil ou de Robert Lepage pour les mises en scènes, mais il faudrait se taper Céline Dion? Garou? Sylvain Cossette reprenant du Police?!

On a plein d’artistes de talent, mais ils ne seraient jamais dans la cérémonie d’ouverture! J’en déprime d’avance! Je vois déjà les Loco Locass chiâler de ne pas être invité et de se faire leur propre cérémonie d’ouverture.

Sérieusement, nos dogmes vont foutre la marde.

Le retour du plaisir coupable

Lorsque j’ai commencé à m’initier aux Internets, j’avais 16 ans et je venais de terminer mon secondaire. Ma royale barbe faisait ses premières armes et se résumait qu’à un mini tas de poils au menton. Ça ne poussait pas vraiment encore ailleurs.

À cette époque, quelques mois avant le fameux bogue de l’an 2000, j’avais un courriel chez Caramail, je découvrais donc ICQ, le clavardage sur infiniT (l’ancêtre de canoë, en quelque sorte), comment faire des sites web et, bien entendu, le téléchargement de musique.

Pour le mélomane gourmand que j’étais, c’était la 8e merveille du monde. Avoir accès à une tonne de musique en quelques clics… et quelques heures de chargement à 56k: wow! Gandalf pouvait aller se rhabiller! Napster, c’était mon amant.

Il y a une décennie, on téléchargeait les chansons une par une. Quand tu tombais sur une personne possédant toutes les tounes d’un album, voire d’un groupe, tu ne la lâchais pas! C’était ton précieux le temps de quelques transferts. J’avais 4000 mp3 pis j’étais heureux! Mais il faut dire qu’à cette époque, avoir un disque dur de 30G, c’était de la bombe.

Je partageais moi-même ma discothèque numérique sur Napster et j’avais même démarré un canal sur IRC pour ça, avec les fameuses commandes !Boris Grimskunk – Gros tas.mp3 (ou quelque chose comme ça, ça fait quand même 10 ans…). Crinqué que j’étais, je m’étais même bâti mon propre « robot » pour offrir toute c’te musique là. Mouais, je ne peux nier avoir un petit côté geek. Seuls les geeks de l’époque comprendront, d’ailleurs. Mais revenons au téléchargement.

Un jour, Napster a fermé. Deux ans plus tard, en juillet 2001. Pour moi, ce fut la fin du téléchargement. Ma morale a commencé à douter, les successeurs ne me plaisaient pas. Et un an plus tard, j’avais débuté à CIBL, ayant donc accès à une tonne musique.

On saute quelques années, jusqu’en juillet 2009, au moment où je m’achète un nouvel ordinateur. J’avais gardé le même depuis 1999!!! Une vraie joke. Quand je dis être « simplicité volontaire », je ne niaise pas.

Donc, j’ai un nouvel ordinateur capable de prendre les nouveaux logiciels et ayant plus d’espace dans ses disques durs. Et, surtout, j’habite à Fermont depuis 6 mois et j’ai diablement moins accès à des tonnes de disques et je n’en reçois pratiquement plus. Ma soif musicale ne disparait pas pour autant.

Cela fait quelques années que j’entends parler des torrents. Je m’informe un peu sur ça, j’essaie. Au début, je ne suis pas convaincu, mais rendu au troisième essai, alors là, je l’admets, j’adopte.

Je n’avais rien téléchargé depuis 2001. Là, je le fais en haute vitesse, des discographies complètes: c’est fou! J’ai l’impression d’être passé d’un coup de la Ford T à une Cadillac de l’année.

Ma morale me fait encore douter un peu, mais je crois au téléchargement. Certes, l’industrie doit rentrer dans son argent et j’ai passé assez d’années à couvrir et à nager dans ce milieu pour savoir comment il fonctionne. Et justement, certains artistes et surtout certaines maisons de disques gonflent le drame et l’impact des transferts sur Internet. C’est, à mes yeux, la même chose que les copies cassettes qu’on se passait, des amis et moi, mais à l’échelle mondiale.

Il y a des groupes comme Radiohead, NIN et même, icitte au Québec, Misteur Valaire, qui épousent mieux cette réalité que la plupart des acteurs de l’industrie.

Jean-François Mercier a fait un excellent monologue sur le piratage, lors du Gala des Oliviers 2008, on pogne ça sur YouTube icitte: youtube.com/watch?v=MIOhLqqEBwE.

Bref, j’ai redécouvert la joie du téléchargement, ce plaisir coupable.